Archives annuelles : 2008

Bonne Année!

À mes amis(es), amis(es) virtuels et lecteurs anonymes, je vous souhaite de passer un nouvel an entouré de ceux que vous aimez! Que la nouvelle année vous apporte la santé et la réalisation de vos projets les plus chers!

Comme je peine à me sortir d’une labyrinthite, des gastro-entérites des enfants et des autres grippettes passagères de chacun, je vous laisse, en guise de billet, le « Best of » de ma dizaine (!!!) de billets 2008.

Au palmarès des billets les plus lus, par ordre chronologique:

  1. Manipulation.
  2. Le petit compagnon de vie.
  3. Le lait de demain.
  4. L’allégorie de l’obsénité.
  5. Le parent-roi, c’est moi.

Bonne Année à tous!

Pourquoi pas la blonde?

Bien que la politique ne soit pas dans les champs de compétences de Madame Unetelle, je me permets d’en rajouter encore un peu. Peut-être parce que le congé de maternité est long, peut-être aussi parce qu’il fait trop sombre dans mon sous-sol, mais j’ai envie de mettre le nez dehors et de participer un peu aux affaires de la société civile. –Parenthèse pour ma soeur: quand on voudra boire au prochain souper, il faut dire aux enfants qu’on participe aux affaires de la société civile!

Je suis bien consciente que, pour s’intéresser à la présente élection, le bonheur doit nous sortir des oreilles. C’est peut-être ce qui m’arrive. Après tout, faire un enfant, ça resserre les liens familiaux. Et j’avoue, avec une certaine honte, avoir passablement négligée ma famille sociale-démocrate au cours des dernières années.

Quand j’y pense, cela doit bien faire dix ans que je ne m’intéresse plus à la politique québécoise. Les élections sont devenues un rituel de plus en plus insignifiant et comme vous, je n’y échappe pas. La mondialisation, la montée de la droite, le réchauffement de la planète, l’émergence des nouvelles technologies, je veux bien comprendre, me forger des opinions, penser, me positionner, mais il y a là tant de problèmes!

Et la politique a-t-elle encore une prise sur le réel? On nous jette aux urnes sans nous donner le temps de réfléchir. Même les médias se désintéressent des véritables enjeux. On nous dit d’ailleurs que cette élection-ci n’en a pas.

Il est tellement plus facile de se désintéresser de la politique au profit d’actions individuelles sur lesquelles nous avons une emprise : bénévolat, recyclage, achat local, etc. Moins risqué aussi. Parce que le Québec, c’est petit. Personne ne veut perdre un contrat de travail ou un emploi pour ses allégeances politiques.


Et pourtant…

Il n’a jamais été aussi urgent que maintenant de faire de la politique! Imaginez un instant qu’il soit possible, comme le dit si bien Attali, de « sortir de l’engrenage actuel (qui produit tant d’injustices et de violences), sans en casser la dynamique (qui produit tant de richesses) »? Il faudrait se retrousser les manches, non?

Je sais, les partis politiques, les chefs et leurs programmes sont indiscernables. Mais à qui la faute? Vous avez milité, vous? Moi pas. Qui ici peut se vanter d’avoir sa carte de membre d’un parti politique et d’avoir mis l’épaule à la roue dans l’élaboration d’un programme?

Lundi prochain, nous savons tous que l’offre de candidats ne correspond pas à la demande. Un Obama, nous n’en avons pas. Par contre, à compétence (ou incompétence) égale, j’avoue choisir la blonde.


Les femmes ont eu le droit de vote, il y a près de 70 ans. Il serait peut-être temps de se doter d’une première femme Premier ministre. Si les programmes des libéraux et des péquistes sont à ce point interchangeables, alors pourquoi ne pas choisir la blonde et faire l’histoire?

Elle n’a pas de charisme? Parce que dans l’offre actuelle, il y a un leader charismatique? Je n’en vois pas. Et, personnellement, je ne voterai pas pour un conservateur, même s’il porte des habits rouges.

Elle est snob? Ce ne serait pas le premier orgueilleux au pouvoir! Pensons aux Trudeau, Parizeau et compagnie! Nous voulons vraiment une Sarah Palin ou encore un Jean Chrétien?

Elle est souverainiste? Vous savez, comme moi, que la souveraineté n’est pas pour demain. Encore moins en temps de crise économique!

Pauline Marois a une expérience politique enviable. Elle a été à la barre du Conseil du trésor et des ministères « d’hommes » que sont l’Éducation et la Santé. Si elle n’a pas ce qu’il faut pour devenir la première femme Premier ministre du Québec, quelle madame l’aura? Et en quelle année?

Ah! Vous préférez les brunettes! J’avoue que c’est tentant. Mais comme la majorité préfère les blondes, elle a bien peu de chance d’être choisie.

Alors, faute de faire une différence dans les conditions de vie des Québécois en général, je choisis de faire un pas de plus vers l’égalité entre les hommes et les femmes.

Rester dans le bungalow?

En 1995, j’avais le Québec dans la peau. Avec toute la fougue de ma jeunesse, je voulais renouveler le contrat social du Québec, rien de moins. L’accession à la souveraineté me semblait alors le meilleur moyen pour y arriver, à moi et à plusieurs autres de ma génération.

Attention. Le pays, nous ne le voulions pas à tout prix. Pour nous, l’important était surtout de se tailler une place dans la société. À cause du ralentissement économique, les emplois stables et bien rémunérés n’étaient guère accessibles pour les jeunes. La sécurité d’emploi, les syndicats, la gratuité des frais de scolarité et des soins de santé, nous étions convaincus de ne jamais pouvoir y accéder. Surtout que les babyboomers, alors dans la quarantaine, occupaient toujours l’avant scène politique et économique. Nous, on faisait notre temps dans les ailes jeunesses des partis et savions pertinemment que le déficit et la dette nous attendaient à la sortie.

Plus scolarisés que nos aînés, et aussi plus endettés, nous «bénévolions» et travaillions pour l’économie sociale émergente. Les postes au privé et dans la fonction publique étant tous occupés, notre avenir était dans le travail autonome et le communautaire. Alors, fonder une famille et accéder à la propriété, on n’y pensait même pas!

Aller dans les rues et manifester? Mais pourquoi? De l’argent, il n’y en avait plus! Rêver? On avait déjà passé l’âge. Il fallait vieillir avant le temps, si on voulait mettre fin au déficit, rembourser la dette et surtout se bâtir des réseaux sociaux; parce que le patrimoine relationnel allait être notre seul héritage, nous le croyions vraiment.

En 1995, donc, la Génération X voulait son projet de société. Une nouvelle société à l’image de ses aspirations, où tous auraient une place sur le marché du travail (semaine de quatre jours, filet de sécurité pour les travailleurs atypiques), où la conciliation travail-famille serait possible (congé de maternité d’un an, garderies accessibles), où les régions auraient plus de pouvoir et où l’équité salariale témoignerait enfin de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Un projet de société réaliste, par contre. Il ne fallait surtout pas hypothéquer l’avenir des générations futures. Souvenez-vous, nous étions obsédés par la dette nationale! On voulait en finir avec les déficits (quitte à instaurer une loi anti-déficit), réduire l’État, éliminer les syndicats qui protégeaient les droits acquis des babyboomers (!!!) et mettre en place un revenu minimum garanti, en retour d’un travail volontaire garanti, pour tous les jeunes exclus du marché du travail.

À droite les jeunes de l’époque? Peut-être bien. Mais nous pensions sincèrement adhérer à des principes progressistes. C’est peut-être ce qui arrive quand la gauche ne s’intéresse pas aux revendications des jeunes mascottes de restaurants sur-scolarisées!

Aujourd’hui, ces mascottes ont grandi. Plusieurs appartiennent même à la classe moyenne – qui l’eût cru? —, vivent en banlieue et ont des enfants. Les ex-mascottes ont même leur parti politique. Un parti de «gros bon sang», qui veut encore réduire les dépenses de l’État et qui croit en un système de santé mixte! Une génération toujours aussi craintive et obsédée de se faire une place au soleil. Et la crise économique qui s’annonce n’arrangera rien! Les mascottes d’autrefois ont déjà peur à leurs fonds de pension, peur de la dette et surtout, peur de perdre leur accès, encore tout récent, au stainless steel!

Où il est passé notre idéal de projet de société? Souvenez-vous, nous étions prêts à se doter d’un pays pour accéder à un projet social qui réponde à nos aspirations! Sur plus de 5 millions de votants en 1995, nous avons été la moitié à dire « oui » au pays, « oui » au projet de société. Mais parce que nous n’avons pas eu le pays qu’il nous fallait pour repenser le « vivre ensemble », nous restons cantonnés dans les idées conservatrices d’un parti qui glisse toujours davantage vers la droite, qui valorise les responsabilités individuelles au détriment des responsabilités collectives!

Jeunes, nous avions peut-être, sans le savoir, eu des têtes d’Adéquistes. Mais nous avons vieilli et sommes devenus des adultes responsables, non? Ne savons-nous pas que les valeurs d’équité et de solidarité ne se limitent pas à protéger les acquis de la classe moyenne? Remettre un bon en garderie à chaque parent pour qu’il l’utilise à sa guise, vous croyez que c’est ça penser au bien collectif?

Jusqu’à la dernière élection, on votait bleu ou rouge au Québec. Dans mon comté, on pouvait peindre un cochon en bleu et il passait. L’inverse était tout aussi vrai dans d’autres régions. Cette histoire de pays nous a jeté dans une telle impasse que plusieurs sont prêts à voter pour n’importe quel parti qui ne se positionnera pas clairement sur le sujet. Si, en plus, le parti joue sur les complexes d’une génération de mascottes de banlieues, le pire est à craindre.

Depuis quelques jours, la nouvelle génération de banlieusards semble se réveiller. Est-ce l’effet Barack Obama? La banlieue est maintenant gênée de voter pour un parti qui prône la famille traditionnelle et les valeurs de la droite chrétienne américaine. Elle ne sait plus quoi faire. En fait, si. Elle n’ira pas voter. Rester dans le bungalow est maintenant son acte citoyen.

À qui la faute? Aux politiciens, voyons. Pas assez charismatiques. Trop dans l’image. Si la banlieue –et le Québec— avait son Obama, elle montrerait à la face du monde sa vraie nature! En attendant, elle restera dans le bungalow.

En 1995, une moitié du Québec a peut-être dit « non » au pays, mais elle n’a pas refusé l’élaboration d’un nouveau contrat social. Pays, pas pays, nous sommes encore plusieurs à vouloir repenser l’économie et jeter les bases d’une société axée sur le développement durable. Ne trouvez-vous pas qu’il serait temps de savoir qui nous sommes en dehors de cette histoire de souveraineté?

Le nouveau projet de société, la jeunesse d’aujourd’hui le réclame toujours. Avec son Institut du Nouveau Monde, Michel Venne a doté la jeunesse québécoise d’une belle plate-forme pour jeter les bases de la société de demain. Des idées intéressantes pour relancer l’économie, développer les régions, voir à la conciliation travail-famille, améliorer l’éducation, les jeunes de l’Institut en ont des tonnes!

Les Québécois sont-ils aussi désabusés que les médias le prétendent? Je ne crois pas.

Pourquoi ne définissons-nous pas, tous ensemble, ce projet de société, en rapatriant les pouvoirs qu’il faut –s’il le faut, parce que ce n’est pas toujours nécessaire— pour le mettre en œuvre. Un pouvoir à la fois, sans parler de souveraineté. Et, dans l’impossibilité de rapatrier les fonds fédéraux nécessaires à notre projet, donnons-nous-le notre pays qu’on en parle plus.

Le Québec ne peut pas tout se payer, mais il a des idées, des valeurs et un héritage culturel à défendre. L’élection de la semaine prochaine, personne n’en voulait, mais elle est là. Ne pas aller voter, n’est pas une option citoyenne. Ce ne sera pas mon option.

Carrière d’avenir

Vous cherchez un emploi? Le gardiennage de vers, ça vous dit?

Avec la peur des microbes et toutes les allergies qui sévissent, garder les vers du vermicompost serait très prometteur. L’hiver surtout.

Qui sait, le gouvernement accordera peut-être un crédit d’impôt pour les frais de garde de nos vers?

D’ici là, ma gentille voisine s’occupera des miens pour l’hiver.

Estime de soi

Fidèle à son habitude maman s’informe du déroulement de la journée de ses filles à l’école.

- Vous avez passé une bonne journée, les filles?
- Hum, me répond l’une d’elle.
- Et vos examens?
- Hyper bien, me lance la plus jeune.
- Ah oui? Pourtant maman ne t’avais pas aidé à réviser hier.
- J’ai juste pas eu le temps de finir vraiment.
- Ce qui veut dire?
- J’ai pas répondu à quinze questions.
- Quinze? Sur combien?
- J’sais plus. Trente-cinq. Peut-être quarante.
- Mais ça n’a pas bien été du tout!

C’est ma faute! J’aurais dû réviser avec elle. Comment se fait-il que je n’aie pas constaté ses difficultés en mathématiques? Où avais-je la tête? Mais quelle sorte de mère je fais? Je dois reprendre les choses en mains dès maintenant!

- Viens, on va regarder cet examen avant le repas.
- Pas besoin. Je suis super bonne en maths!
- La moitié des questions sont restées sans réponse!
- Je connais bien tous mes jeux d’addition! C’est pas ça le problème!
- Éclaire-moi, alors.
- Ce sont les autres élèves qui les savent trop.

Ils appellent ça comment déjà? L’estime de soi? Et bien, c’est réussi.

Meurtre à l’étiqueteuse

L’automne dernier, la réceptionniste du bureau m’a fait toute une surprise!


Elle a identifié à mon nom, tous mes trucs personnels : stylos, agrafeuse, ciseaux, règle, agenda, gomme à effacer, taille crayon, calculatrice, clavier d’ordinateur, etc. Même ma tasse à café avait son étiquette!

«Tu n’avais encore rien personnalisé», s’est-elle justifiée, manifestement très fière de son initiative.

Savait-elle que l’étiqueteuse ne tire jamais à blanc? Voulait-elle mettre fin à toutes mes chances de promotion dans l’entreprise?

Parce que vous en connaissez, vous, un patron qui colle son nom partout comme ça?

Coupe aux lèvres

En matière d’écologie, rares sont ceux qui respectent la logique. Qui n’a pas un ami ou une collègue qui collectionne les sacs réutilisables? Effet de non-sens tout à fait charmant. L’absurde peut atteindre un degré de comique encore plus élevé si les sacs réutilisables sont achetés pour « sauver des arbres », puis laissés dans le fond d’un Hummer!

Remarquez, l’incohérence ne m’épargne pas plus que les autres. Depuis que j’aspire à devenir une consommatrice responsable, j’adore faire les magasins. La logique voudrait que je consomme moins, mais faute de moins le faire, je le fais mieux.

Mon processus d’achat est simple, mais interminable. Je trouve d’abord un besoin à combler (des bavoirs roses, par exemple), puis je pars en mission. J’en cherche auprès des copines, dans les friperies, les sous-sols d’églises, les ventes-débarras et les petites annonces sur Internet.

La semaine dernière, ma quête consistait à dénicher, près de la maison, un commerce de produits nettoyants biodégradables en vrac. Avec les enfants, le gaspillage de shampooing est un tel fléau, qu’il me semblait impératif d’opter pour un produit moins polluant avec un contenant rechargeable!

En arrivant à la boutique convoitée, j’ai été agréablement surprise de découvrir quantité d’autres produits verts sur les rayons. Je grappillais ici et là différents trucs qui nous manquaient à la maison, quand je la vis. La fameuse coupe menstruelle réutilisable. La Diva Cup!

« Ah! La Diva Cup », ai-je lancé bruyamment.

Mes cris d’étonnement ont alerté la vendeuse qui s’est immédiatement jetée sur moi.

- Vous voulez plus d’information?

- J’en ai entendu parler, mais c’est la première fois que je la vois.

- Vous savez combien de tampons une femme utilise dans une vie? Des milliers!

- Plus de 11 400 tampons exactement. Ceci, sans compter les emballages individuels et les boîtes de carton. Tout à fait inacceptable.

- Vous l’adorerez! Je n’ai que de bons commentaires.

- Je ne sais pas trop…

- Vous semblez assez écolo. Pourquoi ne pas l’essayer?

Avoir l’air écolo, c’est un compliment? J’allais devoir actualiser mon look.

- Je ne sais pas si je suis vraiment rendue là…

- Pourquoi pas?

- Je ne suis pas si éco-féministe-fondamentaliste que j’en ai l’air.

- Pas besoin d’être… comme vous dites.

- Je ne sais pas.

- Mais c’est énorme! m’étais-je exclamée à la vue de ce que j’avais plutôt imaginé comme un bouchon de bain.

- Pourtant, ce n’est pas notre plus grosse coupe. Les femmes qui ont eu des enfants prennent plutôt celle-ci.

- Regardez, la coupe vient avec un joli petit sac pour le rangement.

Elle me tendait l’objet en question.

J’étais bouche bée. Le truc me semblait aussi gros qu’un entonnoir de cuisine.

J’éprouvais alors une soudaine empathie à l’égard de ceux qui devaient demander des condoms de taille extra petite à la pharmacie. Je m’imaginais chuchotant : « Bonjour, où puis-je trouver une coupe menstruelle extra large »?

- La coupe menstruelle est non seulement écologique, mais aussi très économique!

- Ah oui?

- Pensez à tous les tampons et serviettes hygiéniques que vous économiserez!

- Effectivement. Combien coûte-t-elle?

- Trente dollars.

- Quoi? Trente dollars! Et si je déteste ça?

- Impossible de la détester!

À l’entendre discourir, toutes les clientes avaient été très satisfaites de leur Diva Cup. Vous rapporteriez ça, vous, une coupe menstruelle? Malgré mon scepticisme, la vendeuse poursuivait la conversation sur l’entretien de l’objet divin.

- Vous la faites tremper dans l’eau avec du vinaigre, puis…

- Quoi? Elle ne va pas au lave-vaisselle?

- Euh… Je ne crois pas.

- Bon et bien, laissez-moi y penser encore un peu.

Pas que je tienne mordicus au lave-vaisselle, mais à chacune son rythme en matière d’environnement.

Vivre dans un monde meilleur, il y a loin de la coupe aux lèvres!

Vous me comprenez?

Hier midi, dans une chaîne très connue de cuisine rapide, je demande un « sous-marin gratiné ».

- Vous le voulez gratiné, madame? demande le serveur.
- Je vais prendre un « sous-marin gratiné », que je m’empresse de répéter.
- Je sais, mais vous le voulez gratiné? qu’il me répète encore.
- Écoutez bien, son nom le dit : « sous-marin gratiné »!
- C’est parce que… c’est juste un nom, madame. On peut le faire comme on veut.
- On peut aussi le garnir à notre guise?
- Oui, on peut mettre ce qu’on veut dedans.
- Alors pourquoi leur donner des noms s’ils ne servent à rien?
- Je ne sais pas. Vous le voulez gratiné, finalement?

J’ai toujours un mal fou à me faire comprendre à l’extérieur de la maison! Suis-je si différente de mes semblables?

Un autre exemple. L’hiver dernier, je prenais toujours un café au service à l’auto d’une chaîne de mon quartier. Ce vice de grossesse m’était essentiel pour affronter les embouteillages du matin d’un hiver qui n’en finissait plus.


Le cou bien allongé dans l’entrebâillement de ma vitre d’auto, j’articulais toujours de manière à être bien comprise de la petite dame. Il fallait faire vite, les hivers sont froids au Québec.

- Bonjour, je peux vous offrir un sandwich aux œufs?
- Non merci. Un café seulement.
- Avec un lait?
- Oui. Un lait, sans sucre.
- Du sucre dans le café?
- Non, pas de sucre.
- Veuillez passer au guichet numéro un, merci.

Et, devinez ce qui m’attendait au guichet numéro un? Un café et un verre de lait.

Le lendemain, je me promettais d’être plus claire.

- Bonjour, je peux vous offrir un sandwich aux œufs?
- Non, merci. Un café seulement, criais-je, en articulant tranquillement malgré le froid.
- Un lait?
- Oui, mais le lait dans le café. Pas un verre de lait, précisais-je, comme si je parlais à un bébé de trois ans.
- On s’en doute, madame, nous ne sommes pas des imbéciles.

Si ce n’avait pas été du froid et de la longue file de voitures derrière moi, j’en aurais certainement débattu. Au moins, me disais-je, les prochains jours au guichet seraient plus heureux!

Le jour suivant :

- Bonjour, je peux…
- Non, vous ne pouvez pas m’offrir votre sandwich aux œufs. Il fait trop froid pour jaser, madame! Ce sera un café avec lait.
- Combien de lait, madame?
- Un.
- Si j’ai bien compris, ce sera un café et un lait.
- Un lait dans le café, voilà!
- Ah! J’annule le lait, madame?
- Ce sera un café avec un lait, pas de sucre. Pas de verre de lait.
- Vous voulez un autre verre de lait?
- Je gèle. Écoutez bien. Un café avec du lait dedans. PAS, AUCUN, NON, ZÉRO verre de lait.
- J’avais compris, ne paniquez pas.

Non mais, elle vit où ma tribu?

Ordre du jour

Un conseil d’administration. N’importe lequel.

1. Ouverture de la session.
2. Adoption de l’ordre du jour.
3. Adoption du procès-verbal de la session extraordinaire : une minute.
4. Adoption du changement à la réglementation et sa panoplie de procédures d’adoption conformément à la Loi : deux minutes.
5. Affectation des surplus du règlement d’emprunt : deux minutes.
6. Adoption du règlement numéro 161 décrétant les dépenses encourues par la réfection du bâtiment B : deux minutes.
7. Acquisition des infrastructures des phases 2 et 3 du développement du centre administratif : deux minutes.
8. Octroi d’un contrat pour l’installation de distributrices de boissons gazeuses dans l’ensemble des bâtiments : une heure.
9. Varia : cinq minutes.
10. Fermeture de la session.

Une heure!

Faites le tour de tous les conseils d’administration sur lesquels vous avez siégé ou auxquels vous avez déjà participé. Que remarquez-vous? N’y-a-il pas une tendance lourde qui se dégage?

Le point le plus anodin, le plus insignifiant, celui qui ne devrait même pas relever de la gouvernance, est toujours le plus long à adopter.

Mais pourquoi?

Il s’agit probablement du seul point compris par les administrateurs.