Archives annuelles : 2009

Réhabilitons le produit céréalier!

Attendu, qu’elles sont de redoutables envahisseurs.


Attendu qu’elles sont invisibles à l’œil nu.


Attendu qu’elles se logent dans les produits céréaliers, un environnement souvent pollué par les pépites de chocolats et autres sucres raffinés.


Nous, une petite école de banlieue, proposons que les arachides et leur habitat naturel, les produits céréaliers, ne soient plus acceptés à titre de collation dans nos classes. Dorénavant, seuls les fruits, les légumes et les produits laitiers seront tolérés.

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Les parents sont bouleversés.

L’arc-en-ciel du Guide alimentaire canadien a été touché. Leur arc-en-ciel. Celui que qu’ils ont dessiné, colorié et tant chanté enfant est en difficulté. On menace depuis longtemps son dégradé de couleur à grands coups de campagnes publicitaires pro-fruits. Mais voilà que l’école de leurs enfants a éliminé une couleur. Le jaune est danger!

Bungalows du côté Est du boulevard Labelle : unissons-nous!

Réhabilitons le produit céréalier!

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À la tête des légumes, le directeur et son potager.

Du côté de la mauvaise graine, une poignée de parents, disciples de l’arc-en-ciel et joyeux amis des hydrates de carbones.

La séance du conseil d’établissement est ouverte. Ce sera long. Très long. Il y a de la mauvaise graine partout.

Ce n’est pas que la mauvaise graine soit contre les légumes, mais elle tient à témoigner de l’importance des glucides lents –appelés biscuits Ritz à la maison– dans l’apprentissage de la grammaire. Et, parce que l’arc-en-ciel est un phénomène complexe que le corps enseignant ne semble pas comprendre, une nutritionniste –commanditée par la plus mauvaise des graines– explique à l’assemblée en délire, l’importance de chacune des couleurs dans le paysage alimentaire de l’enfant.

« Les produits céréaliers ne méritent qu’on les traite ainsi! Ils apportent l’énergie nécessaire au bon fonctionnement du corps humain. Ils ont une influence sur le taux de sérotonine du sang, communément appelé l’hormone du bonheur. En manquer pourrait plonger nos enfants dans la dépression », explique-t-elle, d’un ton équivalent à l’offense faite à l’arc-en-ciel de son royaume.

Autre son de cloche côté jardin.

« Les produits céréaliers enlèvent l’énergie nécessaire au bon fonctionnement du corps professoral. Ils ont une influence négative sur l’hormone du bonheur de notre personnel, qui s’est transformé en limier flairant les traces d’arachides et de pépites de chocolat », n’ose pas dire la direction, qui se contente plutôt de rappeler que son école a décroché le prix du « plus-meilleur-légume » de la région.

N’allez pas croire que la mauvaise graine n’aime pas les légumes. «Nous savons que la tomate prévient le cancer de la prostate et nous aimons la tomate. Mais le blé entier? Il n’a rien fait de mal! Peut-on vraiment être contre le blé entier?»

« Réhabilitons le blé entier! », lance un parent. « Juste le blé entier » de préciser l’autre, plus consensuel. « Parce que moi-mon-enfant a besoin de son craquelin de blé entier pour garder sa concentration », de renchérir une mère au fond de la salle.

« Moi-mon-enfant a déjà mangé un fromage frais avec une purée de vrais fruits et l’enseignante lui a dit que c’était trop sucré! »

« Moi-mon-enfant ne boit pas assez d’eau. L’eau est-elle permise en classe? Parce que c’est important l’eau. »

« Moi-mon-enfant ne déjeune pas. Il se lève trop tôt! »

« Moi-mon-enfant n’a pas eu le droit de manger son muffin multi-grains dans la classe de Madame Isabelle. »

« Moi-mon-enfant mange ses fruits coupés en morceaux. Vous savez que les pommes noircissent une fois coupées? »

« Moi-mon-enfant ne mange que des barres tendres. C’est santé les barres tendres! »

C’est long. Très long. Jusqu’à ce que vienne la lumière :

« Parrainons un produit céréalier! »

Le craquelin multi-grains, pour commencer. Parce que c’est méchant de marginaliser un seul groupe d’aliments. Heureusement, les parents vont au-delà des préjugés alimentaires. Ils savent aller au fond des choses, eux. Ils ne sont pas cons.

Ils sont rois.

Une brosse de toilette en cadeau?

À 27 ans, je rêvais petit. Pas que j’aspirais à être fonctionnaire, mais je rêvais petit. Petit, mais beau.


Petit comme une brosse de toilette. Beau comme du stainless steel. Rêver parce qu’inabordable.

Je rêvais d’un beau kit d’ustensiles à chiotte brillant. Plus « femme » que celui de mes 17 ans. Un kit symbolique pour marquer mon passage à l’âge adulte, mais surtout pour me débarrasser de celui, vert tendre, qui s’agençait avec mon premier rideau de douche Mickey Mouse, lui-même assorti au caleçon de mon premier chum.

Quand j’ai osé dire mon rêve à l’être aimé, nous étions dans une charmante boutique-cadeaux. Mon homme faisait la file pour payer je ne sais quoi, quand je lui ai demandé –sur le ton de la femme enfant– :« Chéri, achète-moi cette magnifique brosse de toilette pour mon anniversaire! S’il-te-plaîîîîîîîît!!! »

La honte. Quel homme offrirait une brosse de toilette à sa femme pour son anniversaire?


Dix ans plus tard, je rêve toujours petit.

Pour mon anniversaire, j’ai demandé qu’on m’accorde le privilège d’un bain tranquille, loin de mes petites bêtes et de leurs cacas inopinés.

Confortablement plongée dans l’eau chaude, le nez collé sur la cuvette de toilette, j’admire avec satisfaction ma brosse dorée –petit luxe de moi à moi .. « parce que je le valais bien »!

Elle ne refait peut-être pas ma salle de bain « authentique année 70 », mais je suis satisfaite. J’ai décroché mon rêve. J’avance dans la vie.

Tandis que je trempe dans l’eau bouillante, j’en profite pour « panser » ma condition de mère, en lisant « Petite philosophie pour la salle de bain ». Je médite sur l’existentialisme de Kierkegaard, en me savonnant d’une fragrance de biscuit chaud caramélisé; un pain de savon aussi inaccessible que ma brosse de toilette.

Mon bain m’apprend que la philosophie de Kierkegaard est fondée sur trois différents stades d’épanouissement personnel.

« Le stade esthétique est centré autour du désir hédoniste pour les plaisirs et la gratification instantanée. Pendant ce stade, on ne vit que pour l’instant présent et vous limitez ainsi la vision et la signification de votre existence. »

J’hume mon savon exfoliant à l’avoine et à la mélasse. Encore hier, je me lavais avec du Ivory ou du Jergens. Ma seule satisfaction consistait à être propre dans l’instant présent. Aucune préoccupation pour la signification de mon geste, ni pour son impact sur l’environnement. Je vivais petit. Très premier stade de l’épanouissement personnel.

« Le stade éthique est l’étape dans laquelle vous vous engagez à suivre des principes universels et des standards moraux pour guider votre comportement. Votre vie acquiert alors plus de perspective et devient plus significative. »

Je me lave maintenant avec un vrai savon : de l’huile de tournesol, de l’huile de noix, de l’avoine concassée, de la mélasse et du jus d’orange frais biologique. Éthique, équitable, biodégradable. Un savon qui donne plus de perspective à ma vie, qui la rend significative. J’avance: je me lave avec du jus d’orange biologique. Deuxième stade de mon épanouissement personnel. J’ai 37 ans.

« Le stade religieux, c’est l’étape finale de l’accomplissement personnel. Vous abandonnez vos principes éthiques pour vous consacrer complètement à Dieu. »

Me consacrer entièrement à la fabrication du savon? M’épanouir, partager mes créations et aider les autres à passer aux stades suivants? Gardons ça pour la retraite.

Je vide la baignoire. Examine les cernes d’avoine, de mélasse et de jus d’orange –seuls témoins de mon épanouissement personnel.

Le premier stade était pratique. Demain, je me savonnerai avec du Jergens.

Meuh!

Bébé touche à tout. Elle a 8 mois, normal.

Là où ce l’est moins, c’est qu’elle ne me comprend que lorsque je beugle. Au sens propre là, comme la vache du Vieux Macdonald.

Si je dis d’un ton ferme: « Non bébé, ne touche pas », elle touche. Par contre si je fais : « Meuh bébé, meuh! ». Elle ne touche plus.

À ma première, j’aurais eu peur d’entrer un petit veau à l’école. Au troisième bébé, je me dis que si je peux mettre à profit un maximum de bruits d’animaux de tous ses jouets inutiles, pourquoi pas!

- Meuh! Pas dans la bouche. Meuh!
- Meuh! Pas là, meuh! C’est chaud, meuh!
- Meuh! Meuh! Attention à l’escalier! Meuh!

Les visiteurs deviennent vite témoins de notre ferme surréelle parce que, inspirées par leur mère, mes grandes filles mugissent aussi de très belles manières!

- Meuh! Meuh! Mamannnnn! Elle touche à mes bracelets! Meuh!
- Non, bébé! Meuh! Meuh! Venez m’aider, elle tire sur la nappe! Meuh!

Il n’y a que l’homme qui s’accroche au pouvoir des mots. Manifestement, il ne passe pas assez de temps dans l’enclos. Sans quoi, il aurait vite compris l’efficacité des bovidés. Pour chaque «non» stérile qu’il adresse à bébé, nous devons lui envoyer un mugissement en appui.

Difficile de se résigner au statut de bœuf quand, à l’origine de toutes ces vaches folles, on vivait comme en taureau! Il s’accroche mon homme. Même dans l’adversité, il ne mugira pas.

En ne se laissant pas abêtir, peut-être que sa femme renouera avec la civilisation et qu’elle ne meuglera plus :

« Meuh non! Pas ce soir! »

Savoir lire, la honte!

J’ai longtemps hésité à écrire ce billet qui se veut, en quelque sorte, une réponse à celui-ci.


Ce que je vais vous dire, je ne le dis pratiquement à personne :
Mon aînée a d’excellents résultats scolaires pour un minimum d’efforts et ma deuxième a sauté sa première année. Voilà, c’est dit.

Ça sonne prétentieux? Je sais.

Avoir un ou des enfants performants, c’est comme le bonheur. Il ne faut surtout pas le montrer, ni en parler. Il y a tant d’enfants –et de parents– en difficulté qu’il faut cacher le succès scolaire. Par respect. Je précise « scolaire », parce que les succès sportifs peuvent généralement être déclarés sans scrupule.

Pourtant, les enfants doués (qui ne sont pas des génies, précisons-le) vivent certaines problématiques qui préoccupent leurs parents. À titre d’exemple, les enseignants incitent les enfants à coopérer, c’est-à-dire à jumeler un enfant fort avec un enfant faible. Théoriquement, l’idée fait sens. À la longue, par contre, l’enfant fort se démotive drôlement. Il termine son travail avant les autres et aimerait bien profiter de cette avance pour aller plus loin dans la matière ou travailler sur un projet stimulant. Or, il passe le plus clair de son temps à répéter le même exercice à un enfant qui ne comprend pas.

Vous ne voyez que du feu dans ce type de coopération? Imaginez que vous êtes un employé performant (ce que vous êtes sans doute) et que lorsque vous terminez un dossier, on vous demande de donner des notions de traitement de texte à Ginette qui ne comprend rien aux ordinateurs. Que se produira-t-il? La première fois, vous serez très enthousiaste d’aider votre collègue. Ensuite vous serez peut-être un peu contrarié, puis vous comprendrez que vous n’avez aucun intérêt à terminer votre travail avant les autres, parce que vous finirez avec Ginette qui n’aimera probablement jamais les ordinateurs de toute façon.

Autre problématique, les enfants doués n’apprennent pas à composer avec l’échec. Ils n’apprennent pas à tomber et surtout pas à se relever. Dès qu’ils appréhendent une deuxième place, ils abdiquent et se mettent rarement en danger. Pour un parent, c’est assez préoccupant.

Ainsi, lors de sa troisième année, ma grande pouvait obtenir des 100% au bulletin en mathématiques et en français. Comme je n’avais pas engendré un génie, j’ai partagé mes inquiétudes sur la facilité du programme scolaire avec son enseignante. « Est-ce normal d’investir 15 minutes par semaine dans ses études pour obtenir des notes parfaites? Ce n’est pas ça la vie! Que fera-t-elle plus tard, quand il faudra fournir un effort? Les exigences de l’école seraient-elles trop basses?»

La réponse de l’enseignante fut fort simple. La moitié du groupe était en situation d’échec. Elle ne voyait pas de quoi je me plaignais. En effet, ma vie et celle de ma fille étaient faciles. C’était quoi mon problème? Une freak, j’vous dis.

Ma deuxième fille a un tempérament fort différent de mon aînée. La première est rapide, conformiste et carbure aux dollars-école. L’autre est beaucoup plus lente, originale et carbure… ne carbure pas.

Elle a fait tout plus lentement que son aînée. La pré-écriture, les couleurs, les mots ou les boucles n’ont pas été acquis à un âge précoce. Elle est curieuse, mais lunatique. Elle s’intéresse à tout, à sa façon, à son rythme.

Or, elle avait quatre ans quand sa sœur a fait sa première année. Elle a tout de suite été très intéressée par l’apprentissage de la lecture. Elle écoutait sa sœur et regardait ses mots étiquettes sur la table de la cuisine. Elle s’amusait à reconnaître les mots dans les livres, voulait toujours « pratiquer ses lettres » et « faire des devoirs, elle aussi ». Elle m’a même déjà demandé d’exiger qu’elle fasse ses devoirs, puis de la chicaner quand elle me dirait non.

Lui ai-je appris à lire? Pas officiellement. Elle vit dans un milieu intellectuellement stimulant. Elle a appris quand sa sœur faisait ses devoirs, quand elle jouait à l’école dans le sous-sol avec ses copines, toujours plus vieilles qu’elle.

Elle s’est intéressée aux syllabes simples, telles que « ba », « mo », à travers ses jeux avec les grandes. Le bon parent aurait-il dû lui interdire? Aurait-il dû lui répondre d’attendre d’être en première année à chacune de ses questions?

Oui, avec moi chaque sortie devenait prétexte à l’apprentissage. Oui, je disais « bébé regarde les bananes » quand nous allions au supermarché. Et oui, plus tard j’ai dit « reconnais-tu le mot banane quand nous suivions une recette». C’était plus fort que moi. Une freak. Une vraie.

J’étais tout de même loin de me douter que tous mes petits commentaires par-ci et par-là allaient lui permettre de lire avant d’entrer à l’école. J’avais fait la même chose avec mon aînée et jamais elle ne s’était intéressée à l’alphabet avant sa première année!


Comment ma petite, si lente en tout, avait-elle fait pour apprendre à lire des syllabes telles que « ouille », « oi » ou « eille »? « Facile, maman. La syllabe eille ressemble à la fin du mot oreille. Un mot que je connais! » Elle avait de l’intérêt.

Le plus triste dans cette histoire, c’est que ma fille croyait qu’il était interdit de savoir lire à la maternelle. Elle a donc caché son savoir à son enseignante, mais lisait parfois des mots et des livres à ses copines en cachette. Elle avait honte de savoir lire à l’école!

Sa mère aussi d’ailleurs. Pas facile d’être la freak du quartier. Surtout qu’une enfant qui sait lire vient renforcir l’image de la mère carriériste et performante

Quelques semaines avant la fin de l’année scolaire, j’ai tout de même pris mon courage à deux mains pour trahir notre terrible secret. « Ma fille lit un roman par semaine avant de s’endormir. Je sais, c’est de ma faute. Que faisons-nous maintenant? »


Très étonnée, l’enseignante s’est excusée de ne pas avoir remarqué sa capacité à lire plus tôt. « J’ai trois enfants qui vont redoubler leur maternelle. Imaginez, la maternelle! »

J’imaginais.

Seulement, depuis quelques semaines ma fille ne voulait plus se «faire garder» à l’école. « Serait-il possible pour elle d’aller faire des tours dans une classe de première année? Toutes ses copines y sont ! » Surtout que les fins de semaines, les fillettes jouaient ensemble à l’école et s’organisaient des chasses aux trésors dans la cour; des jeux où l’écriture était toujours très centrale.


Quelle a été la réponse de l’enseignante? « Si vous voulez, nous pouvons lui faire sauter sa première année. Je vais m’informer, elle pourrait passer ses examens de fin de première année la semaine prochaine. »

C’était quoi l’idée? On voulait me prouver que ma fille n’avait pas les connaissances nécessaires? Depuis quand les pédagogues recommandent-ils aux parents de faire sauter des années aux enfants? « Mais je ne veux pas que ma fille saute son année! Elle n’a pas la maturité, n’a pas appris à écrire correctement et ne sait rien en mathématiques! Je veux juste qu’elle puisse apprendre et rester motivée en classe! »

Nous étions vendredi. Les examens était prévus pour le mardi suivant.

J’ai expliqué la situation à ma petite lectrice et nous avons acheté un livre d’exercices « juste pour voir ». Ses connaissances en mathématiques étaient effectivement nulles. Par contre, elle était très motivée à aller rejoindre ses copines de l’autre niveau. Elle a donc passé deux heures par jour dans son cahier de mathématiques et ce, pendant les trois jours qui ont précédé les examens.

Le mardi suivant, elle a passé ses tests pendant la période de jeux des élèves de première. On ne lui a donné aucune chance. Le niveau de bruit était à son maximum et ses copines qui jouaient autour d’elle venaient la saluer régulièrement.

Résultats? Elle a réussi haut la main tous ses examens, mais ne savait pas écrire dans les corridors, ce que nous savions déjà.

À la maternelle, ma fille se trouvait maintenant parmi les élèves les plus fortes des premières années! Tout ce qu’elle savait en mathématiques ne datait que de deux jours! Un génie? Bien sûr que non. Juste une petite fille motivée à rejoindre sa gang!

Avant d’inscrire ma fille en deuxième année, le directeur de l’école exigeait qu’elle soit évaluée par un psychologue. Un psychologue privé. Les ressources de la Commission scolaire ne servent qu’aux cas lourds. Normal.

Aujourd’hui, ma fille est en deuxième année. Je ne réussis pas l’asseoir plus de dix minutes par semaine pour lui faire faire ses devoirs. Elle n’est pas la première de sa classe, mais s’en sort plutôt bien. Elle est heureuse. Beaucoup plus que l’an passé!


Quand on me demande si j’ai fait l’école à la maison à ma fille, je réponds toujours non. Ma fille a appris à lire par elle-même dans un contexte très favorable.

Disons que j’ai appris à lire à ma fille… en faisant des crêpes!

Absence motivée

J’ai encore été absente trop longtemps, je sais. Mais cette fois, mon absence est motivée. J’ai même un papier du médecin. Si, si.


Tout a commencé au début du mois de décembre. Sans prévenir, ma chambre s’est mise à me tourner autour. Vous avez bien lu, ma chambre. Je me savais déséquilibrée, mais là ça se concrétisait dangereusement. Diagnostic d’alors : labyrinthite virale.

Deux mois plus tard, je suis toujours étourdie. Et pas seulement par les enfants.

Retour à la case départ :

- Je me sens toujours ivre, docteur. Et, je vous jure que je ne bois pas. Enfin, pas plus qu’il ne le faut. Parce qu’il le faut un peu, avec trois enfants.

Intrigué, mon médecin lève un sourcil inquisiteur.

- Une coupe au souper. De temps en temps. Quand il me reste de l’énergie.
- Si vous le voulez, nous allons faire la Manœuvre d’ Epley.
- Ah? Je n’aurai pas d’antibiotiques? Parce que s’il s’agit d’une labyrinthite bactérienne, je peux perdre l’ouïe!
- Ce type de labyrinthite est très rare. Je n’ai rien vu de tel, en vingt ans de carrière.
- Les étourdissements surviennent toujours le lendemain d’une nuit blanche. Bébé fait ses dents.Je manque tellement de sommeil!
- Je crois que vous souffrez plutôt d’un vertige paroxytique positionnel bénin. Avec la Manœuvre d’Epley, les résultats peuvent être étonnants.
- J’ai vraiment l’impression que la fatigue est l’élément déclencheur de mes symptômes.
Même que… j’ai un rhume, vous savez!
- …
- Vous pensez qu’il puisse s’agir d’une labyrinthite auto-immune?
- Auto-immune? Jamais rencontré ce truc de ma vie.
- Mon système immunitaire fonctionne peut-être anormalement. Il réagirait contre lui-même, vous comprenez?
- Vous avez lu ça sur Internet?
- Mais non! Vous pensez que je suis une cybercondriaque?
- Je n’ai rien dit de tel.
- C’est pas ça.
- C’est quoi, alors?
- Dr House. C’est la faute au Dr House.



Les chaînes de rénovation me sont peut-être moins dommageables finalement.