Archives annuelles : 2010

Comment survivre à vos rénos?

Malgré le temps, la planification, les efforts et tout l’argent qu’on peut y investir, les rénovations peuvent être mortelles pour votre couple et votre santé mentale. Voici cinq trucs inédits pour survivre à vos grands projets de rénovation.

Allez au café. Parce que votre salle de bain et vos magazines de filles préférés seront monopolisés par les ouvriers entre 7h et 8h. En comparaison aux toilettes sèches des chantiers, votre salle de bain tranquille et accueillante désinhibe les plus discrets. Tirez avantage de la constance de leurs colons et transformez cet instant désagréable en moment « juste pour vous ». Un café au resto du coin, ça vous dit?


Allumez la radio. Parce que vous ne voulez pas savoir que votre entrepreneur est divorcé deux fois, que l’électricien a une jeune maîtresse ou que le plombier paie une pension démesurée à son ex. Et surtout, vous n’en pouvez plus de les entendre dire que tous les travaux réalisés avant eux ont été mal faits. Vous préférez tellement les entendre siffler sur «Fais-moi la tendresse» de Ginette Reno!

Embauchez un designer d’intérieur. Parce que le design d’intérieur est un service de médiation familiale indispensable qui aide à prévenir une éventuelle séparation. L’espace du futur garage risque de piétiner sur votre bureau de travail? Faites appel à un designer. Votre budget ne vous le permet pas? Avec tous les dépassements de coûts, la facture du designer passera inaperçue. Vous hésitez encore? Calculez combien coûtera votre divorce.

Ne cherchez pas à qui la faute. Parce que le milieu de la construction est une grande famille et que dans toute grande famille, il n’y a jamais de coupable. Les armoires sont mal posées? Le menuisier du fabriquant remettra le blâme sur votre charpentier qui lui, dira que c’est la faute du plâtrier, qui accusera à son tour l’entrepreneur général qui n’a fait que suivre les plans du designer qui, naturellement, était au service de VOTRE idée!

Ne vous obstinez pas. Parce que c’est perdu d’avance. Le plancher ne vous semble pas droit? Vous avez tort. Et surtout, ne sortez pas le niveau pour prouver votre point. Vous risqueriez de briser le lien de confiance qui vous unit à votre entrepreneur. La suite des travaux n’en serait que plus difficile. Il est déjà sorti et la petite bulle n’est pas centrée? Il ne vous reste que deux options : admettre que c’est votre faute ou tout refaire vous-mêmes!

Mon Dieu, faites quelque chose!

Dans cette histoire, Numéro deux est l’élément déclencheur du séisme qui a secoué notre maison. Ce jour-là, elle s’impatientait d’attendre que je sorte du bain pour justement « faire son numéro deux ». Je ne sais pas où elle a pris ce néologisme euphémisant de fonctionnaire, mais je la surnomme ainsi depuis. Prononcer Numéro deux à longueur de journée me rappelle aussi la belle Numéro 13 du Dr House. Ça me donne l’illusion d’être dans sa ligue. Une sensation indescriptible.

Numéro deux, donc, piochait sur la porte pour que je lui cède la place. J’en étais au chapitre 23 du roman Millénium, quand j’ai décidé de prendre ma destinée en main. Les yeux rivés au ciel ou plutôt vers le plafond — ajouter à ma liste : laver la grille de ventilation —, j’ai demandé à Dieu de combler notre manque de toilettes : « Mon Dieu, aidez-moi! »

J’ouvre ici une parenthèse pour ceux qui ne croient pas que Dieu existe et qu’il puisse livrer des cuvettes sur commande : en désespoir de cause, on ne se ferme aucune porte. Fin de la parenthèse.

Et tant qu’à passer une commande à l’Univers, j’ai ajouté à ma liste un étage supplémentaire à la maison, une piscine creusée et chauffée, une salle à manger, une thermopompe, un sous-sol rénové et un nouvel ameublement. Au diable la simplicité volontaire!

Après mûre réflexion, je ne voulais pas planter une Sainte Vierge pour faveur obtenue à côté de mon filtre de piscine. J’ai donc décidé de m’organiser sans Dieu.

Erreur.

Nous avons fait une offre d’achat sur la maison de nos rêves; offre qui a été refusée suite au rapport de l’inspecteur en bâtiment. Notre bungalow actuel a donc été agrandi et une seconde salle de bain aménagée. Le tout au double du coût et du temps, pour moitié moins de travaux. Pas de piscine creusée. Pas de deuxième étage, ni de thermopompe.

Même que depuis deux semaines, nous avons les deux pieds dans la merde : refoulement d’égout. Prise deux. Les travaux de plomberie ont été mal exécutés.

Dieu ne respecte pas ce qui se fait sans lui.

Comme ma dernière prière est remboursable sur cinq ans, je me lave toujours dans mon décor vintage des années 70. Alors, quand Numéro trois est venue faire son « numéro deux » à la lueur de la chandelle « parce qu’il y a un méchant dans la toilette du sous-sol », j’ai été plus raisonnable :

« Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer! »

Le monde merveilleux du préscolaire

Quand on se compare, on se console.

Pour vous, en ce vendredi matin, voici le Top 3 des mauvais coups de ma petite de deux ans:

  1. Elle nous a demandé « c’est quoi ça? », nous lui avons répondu « des lunettes pour voir dans l’eau ». Quelques minutes plus tard, on l’a retrouvée la tête plongée dans la cuvette des toilettes.
  2. Lunettes de soleil sur le nez, entièrement nue et crémée de la tête aux pieds de yogourt à la vanille: « C’est pour aller à la piscine. De la solaire, partout, partout! Même dans mes fesses! »
  3. Attablée avec ses toutous, je lui demande ce qu’elle leur a servi: « Du caca mou dans les verres et des petites boules dures dans les assiettes ». L’odeur a vite confirmé son menu.

Avouez que vous vous consolez.

Le Québec en cinq temps

Voulez-vous que le Québec devienne un pays souverain?

Génération d’avant guerre : non, le Canada est à moi!

«Je suis un Canadien français, un véritable apôtre de la nation. Avec l’Église, je me suis opposé à la conscription, j’ai combattu le communisme, lutté pour la journée de travail de huit heures, fait reconnaître les syndicats et milité au sein du mouvement coopératif. J’ai fait le Canada. Jamais je ne le quitterai! »

Bayboomers : oui, je me veux!

«Récemment, une idée m’est venue. Je ne veux plus avoir à me soucier d’aller à l’église, de travailler en anglais, de payer pour l’éducation et les soins de santé. J’en ai donc parlé à mes amis et là, comme par magie, on a fait une révolution! Et ça marche du tonnerre! Moi, je suis Québécois et le pays, c’était mon idée! »

Génération X : oui, mais à droite.

« Il faudrait d’abord rénover le Québec hérité de mes parents, démolir la baraque, revenir aux vraies valeurs et tout reconstruire en partenariat avec le privé. Comme je suis seul à payer l’hypothèque, je milite pour le dégel des frais de scolarité, la hausse des tarifs d’électricité et je m’oppose aux syndicats. Mon pays, je le veux lucide. »

Génération Y ou enfant roi : oui, mais à ma taille.

«Je suis un citoyen du monde. Un éco-citoyen. Je respecte l’environnement en surconsommant bio-éco-éthique-équitable. Je demande la semaine de quatre jours, l’accès à mes réseaux sociaux au bureau et une augmentation de salaire. Mon pays, j’y ai droit. Je le veux holistique et personnalisé. »

Génération Z ou GenC : oui, mais sur mon iPhone.

«Je suis un citoyen numérique. Je gère mes contacts professionnels, familiaux et amicaux sur mon téléphone. J’y élabore mes pensées à partir de celles des autres et commente tout le processus des décisions politiques en temps réel. Je revendique un lieu de travail ouvert 24/24 où j’irais travailler quand bon me semble. Mon pays est virtuel. Je le veux dès maintenant et sur mon iPhone. »

Avec ces ingrédients, la recette d’un référendum gagnant est?

Fin du régime de terreur

L’Halloween de type communiste est de loin mon préféré.

J’aime la mise en commun obligatoire des bonbons. Aucun écart de richesse entre le parent qui accompagne, l’enfant alité, les plus petits qui ne marchent pas assez longtemps et les grands qui passent jusqu’à très tard. Tous, même les parents, ont un accès illimité aux plats de bonbons et ce, jusqu’à ce que les bénévoles de la guignolée paroissiale sonnent à la porte pour ramasser ce qui reste.

Or, cette année, mes filles réclament un Halloween de type capitaliste. Elles veulent plus de liberté et des réformes, notamment en ce qui concerne le droit de disposer librement de leurs collectes. Dans les autres familles, il est normal, disent-elles, de rechercher le profit et d’accumuler du capital.

« À quoi ça sert de marcher et de travailler plus longtemps que les autres si tout est mis en commun? Il est où l’avantage? »

« Je ne veux plus courir l’Halloween en famille. Je veux y aller avec mes amies qui vont dans les quartiers de riches qui donnent plus de bonbons. »

« C’est toujours vous, les parents, qui mangez les meilleurs bonbons pendant qu’on dort! Les adultes ne devraient pas avoir le droit de manger les bonbons des enfants! »

La solidarité imposée est terminée.

Je leur propose donc de laisser de côté l’Halloween familial de type totalitaire pour se tourner vers un Halloween plus coopératif, où l’on se regrouperait librement pour combler notre besoin commun de sucreries. Le partage des excédents se ferait de manière démocratique. Un membre, un vote.

Après tout, qu’arriverait-il au membre de la famille qui tomberait malade le jour de l’Halloween (il y en a toujours un)? Pas de bonbons pour lui? Et les parents, ils paient pour les costumes, accompagnent les plus petits et découpent la citrouille. N’ont-ils pas droit à leur part?

Perspicace, l’aînée rejette l’idée d’une coopérative et suggère plutôt un Halloween qui assurerait un minimum de protection sociale à l’enfant qui ne pourrait pas, pour des raisons médicales seulement, passer l’Halloween.

« Une fois la collecte terminée, nous lui donnerions les bonbons qu’on ne veut pas et vous lui achèteriez des chocolats et des chips pour compléter. « 

Un Halloween social-démocrate.

J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une blague. Puis, la dentiste a répété sa question :

- Voulez-vous garder votre dent de sagesse?

Il n’y avait pas d’enfant dans la salle. Je me suis donc rapprochée d’elle pour lui chuchoter :

- C’est parce que c’est moi la fée des dents! Je donne les dollars, je n’en reçois plus.

Elle a pouffé de rire et conclut que la dépouille de ma dent lui appartenait.

Parce que j’en ferai quoi de cette dent? Un collier? Un collage? Une page de scrapbooking en souvenir de mon extraction? Je l’enterrerais et planterais un arbre dessus?

J’imagine mal ma grand-mère édentée ouvrir son coffre à bijoux émerveillée: « Viens ma belle chouette, grand-maman va te montrer ses vraies dents! »

Ramener chez soi ses restes humains est une habitude qui me déroute toujours. Ma coiffeuse m’a déjà demandé si je voulais garder ma queue de cheval en souvenir, mais mon premier choc culturel a été lors de mon interruption volontaire de grossesse, à 15 semaines de gestation :

- Comment disposez du « corps »? Vous le ramenez à la maison? Des funérailles maisons, dans une boîte à chaussures? Pareilles à celles de nos poissons rouges ?

Ou encore lors de mon accouchement à la maison :

- On garde votre placenta au congélateur? Ça se mange le placenta surgelé? Votre recette doit être simple, parce que je n’ai pas beaucoup de temps.

Le doggy bag sera peut-être offert en option pour une hystérectomie, une ablation du colon ou une tumorectomie. Les paris sont ouverts.

Génération doggy bag

J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une blague. Puis, la dentiste a répété sa question :

- Voulez-vous garder votre dent de sagesse?

Pas d’enfant dans les environs. Je me suis donc rapprochée d’elle pour lui chuchoter :

- La fée des dents, c’est moi! Je donne, je ne reçois pas.

Elle a pouffé de rire et conclut qu’elle garderait la dépouille de ma défunte dent.

J’en aurais fait quoi de cette dent? Un collier? Un collage? Une page de scrapbooking en souvenir de mon extraction? Je l’enterrerais et planterais un arbre dessus? J’imagine ma grand-mère édentée ouvrir son coffre à bijoux émerveillée: « Viens ma belle chouette, grand-maman va te montrer ses vraies dents! »

Ramener chez soi ses restes humains est une habitude qui me déroute toujours. Ma coiffeuse m’avait déjà demandé si je voulais garder ma queue de cheval en souvenir, mais mon premier choc culturel a été lors de mon interruption volontaire de grossesse, à 15 semaines de gestation :

- Comment disposez-vous du  »corps »? Vous le ramenez à la maison? Des funérailles avec une boîte à chaussures? Pareilles à celles de nos hamsters ?

Ou encore lors de mon accouchement à la maison :

On garde votre placenta au congélateur? Ça se mange le placenta surgelé?

Le doggy bag sera peut-être bientôt offert en option pour une hystérectomie, une ablation du colon ou une tumorectomie. Les paris sont ouverts.

La crise économique, on s’en lave les mains!

26 octobre 2009. Le gouvernement du Québec met secrètement en place son nouveau plan de relance économique. Afin de ne pas éveiller les soupçons, il confie la tâche au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) qui lance alors une vaste campagne de propagande. L’objectif : véhiculer sa nouvelle doctrine du lavage des mains.


Même si au Québec nous résistons, dans l’ensemble, beaucoup mieux à la récession qu’ailleurs dans le monde, il faut agir vite. En émettant l’hypothèse que l’économie du Québec n’est pas fondée sur le travail, si les Québécois paniquent à l’idée de perdre leur emploi et qu’ils se mettent au boulot, ils risquent de connaître le même sort que celui des Chinois.


Le MSSS et ses homologues occidentaux lancent donc l’idée d’une horrible pandémie de grippe qu’ils nomment A(H1N1). Une fois la peur de contracter le virus bien établie, ils conçoivent l’outil de propagande le plus redoutable de l’histoire. Un outil qui garantit une inefficacité et une contre-productivité dans toutes les couches de la population et toutes les sphères de l’économie : le guide du lavage des mains.


La technique consiste à se mouiller les mains, appliquer du savons, frotter pendant 15-20 secondes, le temps de se chanter « Joyeux anniversaire« , laver toutes les surfaces de la main incluant les ongles et la région entre les doigts, rincer sous l’eau courante, sécher les mains avec un papier essuie-tout et fermer le robinet avec ledit papier.

Appliquons maintenant cette doctrine à une journée normale de travail en entreprise.


8h30

L’employé arrive au bureau et se sert un café. Comme il a touché la cafetière, il se rend aux toilettes pour se laver les mains. Il n’est manifestement pas le seul à s’en être servi. Dix minutes le sépare de la libération.

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire! »

9h

Il s’installe devant l’ordinateur. Prend un appel et éternue. Il court se laver les mains. Les toilettes sont encore occupées. Cinq minutes d’attente.

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire!»

9h30

Direction conciergerie pour désinfecter son téléphone et toute sa surface de travail. Un p’tit coup sur le rebord de la fenêtre en passant ─ce n’est jamais fait ou quoi? Il rapporte finalement les produits à son collègue qui venait tout juste de se moucher.

9h45

Il prend son courrier électronique: réunion spéciale des employés, demain 8h. À l’ordre du jour: techniques de lavage des mains. Il se gratte le coin de l’oeil. Zut! Il n’a pas utilisé de papier mouchoir! Il doit maintenant retourner se laver les mains, mais hésite. S’il contaminait tout l’étage? Il retourne aux toilettes. Dix autres minutes d’attente.

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire!»

10h15

Son rendez-vous l’attend déjà. Il lui serre la main ne pas oublier de se laver les mains immédiatement après et discute 15 minutes de la pertinence de la vaccination contre la grippe A(H1N1). La femme de son client est enceinte et hésite à se faire vacciner. Par contre, la belle-mère qui n’est pas vraiment malade a déjà eu le vaccin. Le neveu de son cousin, lui, n’a pas attendu et s’est fait vacciner aux États-Unis.

11h

Le client quitte le bureau. Vite aux toilettes. « Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire!»

11h15

Il réalise que la présentation Power Point de son client a été diffusée sur son ordinateur. Retour à la conciergerie pour un nettoyage du clavier. Un p’tit coup de torchon sur l’écran et la souris ─c’est pas croyable la crasse!

11h30

Il secoue ses vêtements poussiéreux. Retour aux toilettes. «Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire!»

12h

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire!»

Sujet de conversation du dîner : l’absence de distributrices de gel antiseptique dans certaines zones de l’édifice. Au sous-sol, notamment.

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire! »

13h

Le téléphone sonne. Préambule sur la grippe avec un autre client. Il raccroche. Se cure discrètement le nez. Ouvre le dossier qui l’attend depuis le matin. Se souvient soudainement qu’il aurait dû prendre un papier mouchoir. Destination toilettes. Attente de cinq minutes.

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire! »

14h30

Il revient à son dossier. Sa collègue le convainc de la pertinence de laver lui-même la poignée de porte de son bureau. Il retourne chercher les produits nettoyants et s’exécute sur le champ.

15h

Rassuré par la propreté de son environnement de travail, il s’attèle enfin à son fameux dossier. Mais le besoin d’aller à la selle se faire sentir. Il se dirige aux toilettes de l’étage supérieur ─ on ne fait jamais un numéro deux sur notre étage. C’est ainsi. Encore dix minutes à attendre.

« Joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire! »

16h

De retour au bureau. Il ressent un léger frisson ─s’il avait la grippe A(H1N1)? Il retourne lire les symptômes de la grippe dans le site Internet du MSSS, section Guide du lavage des mains.

16h30

Il a survécu à la pandémie une journée de plus. Ouf!


La crise économique? Le Québec s’en lave les mains!

Un an déjà. Joyeux anniversaire!



L’équilibre travail famille est un TOC

Après six rendez-vous en un mois, force est d’admettre que je parle plus souvent à mon dentiste qu’à mon conjoint. Pas que mon couple soit en péril, mais avec plus d’une centaine de dents sous ma responsabilité, il y en a toujours une à soigner! Heureusement, j’ai un excellent plan d’assurances dentaires et j’ai réussi, tant bien que mal, à accepter ma vie de famille en salle d’attente.

Je l’admets, il s’agit d’une sérénité somme toute relative, mais une sérénité malgré tout. En fait, si j’avais une plainte à formuler, elle concernerait plutôt les magazines féminins. Pas qu’ils soient tous passés date (quoiqu’ils le sont), mais une tendance lourde s’en dégage : ils nous donnent tous des trucs et conseils pour améliorer la soi disant conciliation travail famille.

Hé oh! C’est qu’on les connaît les trucs pour s’organiser! La preuve, on a réussi à caser ce 6ième rendez-vous chez le dentiste! Quelle mère ne sait pas encore qu’il faut tout préparer la veille, profiter des fins de semaine pour cuisiner et surtout, ne pas oublier de partir le crockpot au levé du jour? Me donner des conseils sur la conciliation travail famille équivaut à dire «achète-toi une fleur» à un suicidaire!

Mon expérience terrain de plus de 100 000 heures de « conciliation travail famille » avec quatre enfants me dit que lorsqu’on ne fait pas ce qu’il faut, c’est que nous ne sommes tout simplement plus capables. Voilà. Mais alors pourquoi persiste-t-on à nous donner toujours autant de conseils?

Tout simplement parce que l’équilibre travail famille est devenu TOC collectif. Si, si, un trouble obsessionnel compulsif, un TOC.

Je sais, il n’y a pas de bonne façon d’annoncer à un enfant que le Père-Noël n’existe pas, mais il faut un jour ou l’autre affronter la réalité. L’équilibre travail famille est un mensonge. Ça n’existe pas. Persistez à le nier et vous développerez vous aussi un TOC!

Pour vous en convaincre, prenons l’exemple d’une mère souffrant de ce trouble et tentons de la traiter avec une approche psychologique de type cognitivo-comportementale.

Chez notre patiente, toute situation imprévue déclenche une obsession –peur de ne pas réussir l’équilibre travail famille–, qui lui cause de l’anxiété. Pour réduire la tension intérieure engendrée par cette obsession, elle compulse dans les trucs et conseils, d’où les nombreux magazines féminins qui traînent dans sa salle de bain et la to do list sur son frigo.

Afin de ne plus compulser dans les trucs et conseils, nous lui avons demandé de tenir un journal de bord. Cette partie de la thérapie a pour but de lui faire prendre conscience de son obsession et de noter ses différentes interprétations.

Il est 6 h. La cafetière coule tranquillement et le souper mijote déjà. Comme prévu, notre patiente a préparé ses vêtements et ceux de ses enfants la veille. Elle a suivi attentivement son calendrier familial et compte arriver à l’avance pour sa rencontre de 9 h avec le patron. Elle a préparé les lunchs en début de semaine et embauché une aide ménagère. Les enfants déjeunent tranquillement. Elle est très fière d’elle et de son organisation. Il faut dire que son conjoint est un père très présent. Tout va pour le mieux.

Au moment de partir, elle cherche nerveusement une mitaine, celle avec des petits pois verts. L’heure avance, son plus petit commence à avoir chaud dans son gros manteau. Il se met à pleurer bruyamment. Pendant ce temps, le plus vieux la regarde avec de grands yeux. Il a fait pipi dans sa salopette d’hiver. La seule. Pendant qu’elle le change et qu’elle cherche une vieille salopette dans le coffre de cèdre du sous-sol, le plus jeune retourne jouer dans sa chambre. Il ne veut plus aller à la garderie et fait une grosse colère pour ne pas remettre ses bottes.

Elle sent qu’elle pétera bientôt les plombs, mais prend plutôt une grande respiration. Elle respire et respire. Quand bébé est enfin attaché dans son siège (elle note mentalement que le harnais est trop serré), elle constate l’horrible maille dans son bas culotte. Il est trop visible, elle devra passer à la pharmacie en chemin.

Il est maintenant 8h30. Dans le meilleur des cas, il lui reste trente minutes de route. Les enfants ne sont toujours pas à la garderie et la voiture manquera bientôt d’essence. Elle sera en retard. Très en retard. Elle décide donc de se ranger sur le côté de la route pour téléphoner à son patron. Celui-ci a modifié le message de sa boîte vocale –il est probablement en poste depuis une bonne demi-heure, lui. Pendant qu’elle lui explique qu’elle sera encore une fois retardée, son plus vieux lui hurle que son frère le regarde avec des yeux méchants! Elle raccroche. Cette fois, c’en est trop! Hystérique, elle crie aux enfants de se taire et fond en larmes.

C’est à ce moment qu’elle note LA pensée intrusive dans son journal de bord :

« Je ne réussirai JAMAIS à concilier le travail et la famille! JAMAIS!»

S’en suit alors une série d’interprétations catastrophiques :

- « Je vais devoir quitter mon emploi. »

- « Je suis une mauvaise mère. »

- « Je vais être virée! »

- « J’ai besoin de vacances ! »

- « Comment elles font les autres mères? »

- « Je vais faire un burn-out! »

- « J’ai raté mes enfants! »

- « Je suis une ratée! »

- « Ça y est, je suis folle! »

Si l’idée de réussir la conciliation travail famille n’existait pas, il n’y aurait pas cette escalade de pensées anxiogènes. On dirait simplement que la pauvre femme a eu une mauvaise journée. Parce que les mères expérimentées savent qu’un matin ou une semaine réussie n’est pas le résultat d’une bonne ou d’une mauvaise organisation. Pour preuve, quand les enfants collaborent, que l’humeur y est, que les appareils électriques fonctionnent et que personne n’est malade, tout roule. Même pas besoin de faire les lunchs la veille!

Mesdames, ayons l’honnêteté de dire aux nouvelles mamans que de 0 à 2 ans, les enfants en garderie sont toujours malades. Que nous aussi, nous nous sommes absentées du travail. Que nous avons eu de l’aide, si maman, belle-maman ou super-nounous étaient là! Arrêtons de faire les fraîches et avouons l’inavouable, le stress, les dépressions post-partum, le ras-le-bol du printemps. Soyons aussi assez franches pour dire qu’il n’y a pas de truc miracle, que tout ce chaos ne fait qu’un temps. Et surtout, disons-leur que l’équilibre travail famille n’existe pas. Que quand ça ne tourne pas rond, il est inutile de chercher le module de rangement parfait pour les tuques et mitaines dans le catalogue IKEA, de cuisiner un an à l’avance ou d’embaucher un coach en conciliation travail famille, que la désorganisation fait partie de la vie familiale et que l’humour est la meilleure façon de ne pas y laisser sa peau.

La société a besoin d’utopie réalisable, mais ce n’est pas avec une mijoteuse qu’on change le monde! L’équilibre travail famille est un projet de société. Il relève des gouvernements et des employeurs. En faire un projet de vie personnelle mène tout droit au bureau du psy!