Archives annuelles : 2013

Le Père Noël à l’ordre du jour

On aime être dépaysé, rencontrer des cultures et des mondes différents, mais on n’a pas le temps, ni l’argent pour partir à l’aventure?

Pourquoi ne pas faire une petite escapade anthropologique au conseil d’administration d’une garderie ou du conseil d’établissement d’une école primaire de votre quartier? La destination n’est pas très touristique, mais elle vaut vraiment le détour.

Ma première excursion s’est déroulé un soir d’hiver, il y a plus de cinq ans. Une amie m’avait invitée à faire un tour au conseil d’administration de la garderie de nos enfants. Le père Noël devait y subir son procès et de nombreux parents étaient concernés par sa cause :

– Le père Noël n’existe pas, a affirmé une mère. Je suis contre le fait qu’il vienne donner des cadeaux aux enfants à la garderie.

– Ils sont si petits. Ils doivent croire à la magie de Noël, lui a répondu une autre maman affolée.

– Justement, il faudrait que les éducatrices disent aux enfants que toute cette histoire vient d’une publicité de Coca Cola. Le père Noël est un symbole commercial. Mes filles le savent et elles disent la vérité à leurs amies.

– Quoi? Elles racontent à leurs amies que le père Noël n’existe pas? a réagi un père au fond de la salle. J’espère que les éducatrices interviennent. Vous dites aux enfants que le père Noël existe, non?

– C’est pour cette raison que nous vous avons réunis. Nous devons trancher la question, a précisé la directrice.

– Vous ne pouvez quand même pas dire aux enfants la vérité? Ce serait trop terrible! s’est écriée une mère, qui avoua du même souffle avoir déjà acheté tous ses cadeaux.

– La vérité, vous ne pensez pas que c’est important? avait questionné celle qui ne croyait pas au dieu de la consommation.

– Moi, je crois qu’il y a un âge pour la vérité, madame! s’est indignée une autre mère, à bout d’arguments.

Comme je n’avais toujours pas participé au débat, la directrice s’est alors tournée vers moi et m’a demandée de dire quelque chose. N’importe quoi.

– Ma fille croit au père Noël. À la maison, on pratique sa religion. On appelle ça, la magie de Noël. Certains n’embarquent pas là-dedans et préfèrent parler de la nativité ou de rien du tout. Et c’est bien correct. Par contre, les éducatrices devraient donner une éducation laïque et ne jamais se prononcer sur l’existence du père Noël. Si les enfants leur posent la question, elles pourraient répondre qu’elles ne savent pas.

– Mais si les enfants qui n’y croient pas disent la vérité aux autres? s’est inquiétée une mère.

– Ma fille a la foi. Ce sera alors sa croyance contre celle des autres. Tant que les éducatrices ne tranchent pas, je n’y vois pas de problème.

Cette année-là, le père Noël n’est pas venu à la garderie. Ma fille a dit que c’était parce qu’il était très occupé à faire la tournée des centres commerciaux ––il a même dû embaucher des remplaçants et de faux lutins.

Et comme prévu, la petite fille de la mère qui ne croyait pas lui a avoué son terrible secret.: « Le père Noël n’existe pas. Mes parents m’ont dit la vérité.

– Tes parents ne croient pas à la magie de Noël, c’est triste.

– Les tiens te mentent. Tout ça, c’est pour les bébés! »

Mais le doute s’était infiltré dans les deux esprits. Préparant l’une à la grande révélation et saupoudrant un peu de magie dans le Noël de l’autre.

L’important c’est la rose

Hier soir, j’ai passé une agréable soirée en compagnie de plusieurs bonnes amies. Le type de soirée qui me donne de l’énergie, du réconfort et confiance en la vie.

Mais qu’est-ce que l’amitié?

Le sens commun veut qu’un ou une amie soit quelqu’un sur qui on peut compter, avec qui on rigole ou on pleure, à qui on peut dire les vraies choses, avec qui on aime passer du temps, qui ne nous juge pas, qui nous pardonne, avec qui on se sent bien, en qui on a confiance et qui nous apporte du réconfort.

Khalil Gibran affirmait que « l’amitié est toujours une douce responsabilité, jamais une opportunité ». Le renard dit d’ailleurs au Petit Prince de Saint-Exupéry : « si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un d’un l’autre. Tu seras pour moi unique au monde ». Un peu plus loin, il ajoute : « tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose. »

Cela dit, êtes-vous amie avec vous-mêmes? Et pour ce faire, qui doit apprivoiser qui?

Lors de la dernière journée Jasette et plaisirs, organisée par Coup de pouce, l’animatrice Josée Boudreault disait vouloir donner une conférence, dont la question centrale serait : « Suis-je une bonne amie pour moi-même »? Quand Josée m’a posé la question, je n’ai pas été capable de lui répondre. Je ne savais pas.

Aujourd’hui, je lui dirais qu’en vieillissant, j’ai compris que pour devenir une bonne amie envers moi-même, il n’y avait rien de mieux que les vraies amitiés. Mes amies m’apprennent à me voir avec leurs yeux aimants, indulgents, admiratifs ou compatissants. Quand elles les ferment sur certains de mes comportements, je fais de même.

Grâce à mes amies,  je m’apprivoise et je suis maintenant responsable de ma rose.

La collation scolaire version 2.0

Dans le premier numéro de la toute nouvelle revue Véro, je signe une chronique sur le parent-roi au côté de mon amie, Julie Philippon.

Pour coller à la commande, j’ai accepté de prendre une position sur le sujet —la pensée dualiste est dans l’air du temps et les médias aiment polariser les opinions pour soulever le débat. Pour avoir voix au chapitre, je me plie donc aux règles du jeu.

Or, je crois qu’il est inutile de chercher à qui la faute dans le dysfonctionnement actuel du système de l’éducation. La société s’est complexifiée et c’est un peu tout le monde qui en fait les frais : les enseignants, les parents et même les enfants!

L’espace d’un instant, imaginons ce que dirait grand-mère, née en 1910, d’une rencontre de parents d’élèves du préscolaire.

L’enseignante :

- En classe, seuls les fruits, les légumes et les produits laitiers sont acceptés.  Par exemple, si vous donnez une pomme, elle doit être coupée en morceaux et mise dans un sac Ziploc, bien identifié au nom de votre enfant.

Un parent méticuleux :

-      Si la marque du sac n’est pas Ziploc, est-ce que c’est correct?

L’enseignante :

-      La marque importe peu, mais le sac doit s’ouvrir et se fermer aisément et toujours être identifié au nom de l’enfant.

Un parent pas compliqué, mais interventionniste :

-      Mais pourquoi ne pas glisser une pomme dans le sac de mon enfant, comme autrefois?

L’enseignante :

-      Il n’est pas nécessaire que la pomme soit coupée, mais c’est préférable. Les enfants n’ont pas beaucoup de temps pour  la collation et c’est difficile pour eux de manger une pomme entière ou d’éplucher un fruit.  L’important, c’est de bien identifier la collation dans un Ziploc, parce qu’elle est mise dans un panier collectif dès l’entrée des élèves en classe.

Un parent radin :

-      Si mon enfant n’a pas terminé sa collation, est-ce qu’il peut ramener les restes dans son Ziploc à la maison?

L’enseignante :

-      C’est comme vous le voulez, mais pour éviter les restes, il est préférable de couper le fruit. Mais sans Ziploc, l’enfant doit jeter le reste de sa pomme.

Un parent vert :

-      Mais ce n’est pas écologique! Est-ce que je peux prendre un sac en nylon ou écrire le nom de mon enfant sur la pelure de la banane ou de l’orange, par exemple?

L’enseignante :

-      Oui, mais l’enfant doit être capable d’éplucher sa banane ou son orange. Sinon, il n’aura pas le temps de la manger.

Un parent imaginatif :

-      Une compote de pommes, c’est un fruit. Est-ce que mon enfant a le droit d’en apporter?

L’enseignante :

-      Il a le droit, mais il faut insérer le pot et la cuillère dans un sac bien identifié.

Un parent qui n’a pas de vie :

-      De la compote, c’est aussi long à manger qu’une orange… je ne comprends pas. Et si mon enfant n’est pas capable d’ouvrir son pot, est-ce que vous pourrez l’aider?

Et ainsi de suite.

Que dirait grand-mère?

C’est quoi cette société où on n’a même plus le temps de manger une pomme? Et puis, pourquoi une collation en classe? Les enfants ne peuvent pas attendre le dîner? Ils ne mourront pas! L’école est donc ben compliquée! Et les parents qui en rajoutent! Le monde est devenu fou!

De la gardienne à antennes à Mario

En garderie, la causerie du lundi matin est un moment d’échange important pour développer le langage et l’expression des émotions des enfants. L’éducatrice leur demande ce qu’ils ont mangé, fait, écouté ou visité pendant la fin de semaine.

J’imagine très bien ma fille de trois ans partager ses aventures au groupe :

- J’ai visité un pays, hier. Le troisième pays.

- Tu veux dire que tu as visité trois pays? rectifierait l’éducatrice.

- Oui. Il y avait des montages, mais je n’ai pas réussi à voir les lacs.

- C’était loin ton pays? Parce que c’était peut-être une ville. Tu y es allée avec papa et maman?

- Non, avec Mario.

Mario, comme dans Super Mario Bros.

À une autre époque, elle aurait probablement dit avoir joué avec sa mini console de jeux. Mais en 2013, elle a visité un « nouveau pays », celui qu’elle rêvait de voir depuis des semaines!

Si la gardienne à antennes a été bien pratique pour ma mère, lors de la préparation des repas, sa version sans-fil, avec ces mille et un jeux interactifs, transporte mes enfants dans un monde virtuel de plus en plus réel.

- Regarde, maman comme je suis bonne au tennis! m’a lancé ma grande, télécommande/raquette à la main, en 2008.

- T’es bonne au jeu vidéo, ai-je senti le besoin de préciser, pas au tennis.

- Ah! C’est pareil! Je veux m’inscrire à l’activité de tennis de l’école après les fêtes! J’aime trop ça!

Mais quand est venu le temps de l’inscrire à l’activité, le groupe était déjà complet.

- Je ne comprends pas, m’a avoué la responsable des activités parascolaires. Habituellement, on réussit de peine et de misère à former un groupe.

- Les enfants doivent être nombreux à avoir reçu une console de jeux à Noël.

- Vous croyez? Ils seront déçus de réaliser que le tennis est un sport difficile.

Pour être déçus, ils l’ont été. Aucun groupe n’a été formé l’année suivante.

Un jour, une sociologue m’a dit que les jouets ont toujours un caractère politique, sociologique et culturel, qui prépare les enfants à devenir les adultes de leur future société.

Quand on y pense, ma belle mère, née en 1929, a vécu pendant les belles années de l’industrie de l’automobile. La voiture a fait son entrée dans les familles québécoises, alors qu’elle était toute petite. Elle adorait faire un « tour de char » en famille et les automobiles l’ont fascinée toute sa vie. Elle aimait en parler, les laver et les magasiner. Elle photographiait même ses nouvelles acquisitions. Pour elle, la voiture était plus qu’un moyen de transport. C’était un moyen d’expression de soi et un symbole de réussite sociale.

Mes parents, des baby-boomers, ont été la seule génération d’enfants à vivre l’arrivée de la télévision. Encore aujourd’hui, celle-ci occupe une place importante dans leur vie. Pour cette génération, « passer à la télé » c’est la consécration : « Tu as vu? La petite-nièce de matante Gertrude est passée à l’émission de machin l’autre jour? » Ils aiment voir les nouvelles, entendre les vedettes dans les talk-shows et possèdent toujours la coupole ou le terminal de câblo dernier cri. Les enfants de la télé, c’était eux.

Ma génération, les X et les Y, a grandi avec l’ordinateur, les jeux vidéo et l’Internet. Je nous entends encore parler de marques et de composantes, comme les autres générations ont parlé des vedettes ou des voitures: Pentium, Dell, Mac, carte graphique, mémoire vive, micro-processeur, haute vitesse, Playstation, Nintendo, etc. L’industrie de l’informatique et la fameuse société de l’information, c’est nous.

Mais à quel type de société, le simulacre des jeux de nos enfants les prépare-t-il?

Après la société de consommation, des communications et de l’information, leur société sera peut-être celle de la simulation? Une société où ils achèteront des maisons, se marieront et iront en voyage dans des univers simulés, loin des dangers et des maladies?

Qui vivra verra!

La garderie en noir et blanc

Choisir une garderie et choisir le prochain gouvernement, même combat.

On a peu d’options, aucune ne rencontre l’ensemble de nos critères et quand notre choix est fait, notre confiance n’est jamais absolue.

C’est dans ce climat de compromissions que nous avons trouvé la garderie de notre troisième fille. L’endroit était propre et sécuritaire, tandis que l’éducatrice, charmante et affectueuse, y servait de bons petits plats faits maison.

Fait étrange: il n’y avait aucun jouet commercial ou téléviseur.

Bah, se disait-on. Il s’agit probablement d’une éducatrice intellectuelle ou d’une adepte de la simplicité volontaire!

Dans un cas, comme dans l’autre, nous étions séduits par cet endroit aux couleurs d’autrefois. Une garderie couleur sépia, c’était tout simplement charmant! Une éducation où le regard n’allait pas être distrait par la couleur, cela ne pouvait être qu’une belle aventure!

Ce qu’on ne savait pas, c’est que la couleur sépia se détériore rapidement à la lumière vive.

Les enfants n’ont pas fêté l’Halloween, ni Noël. Pas de bricolage, de chanson ou de déguisement thématique. Et comme l’éducatrice gardait aussi ses propres garçons, à qui elle refusait toute médication, notre fille a été malade pendant les trois mois où elle a fréquenté l’endroit.

Aux hasards d’une conversation entre parents, nous avons fini par apprendre que l’éducatrice était Témoin de Jéhovah.

Quand il y a un crucifix dans l’entrée ou que les éducatrices portent le voile, on sait que l’éducation de notre enfant risque d’être biaisée par une religion quelconque. Mais sans signe religieux pour nous mettre la puce à l’oreille, comment fait-on?

L’éducatrice a tout avoué et nous avons retiré notre fille de son service de garde. Avons-nous fait preuve de discrimination, été racistes ou fermés d’esprit? Peut-être. Ou peut-être pas. Mais on a fait un choix.

Signes ostentatoires ou non, on ne pourra jamais empêcher les gens de choisir. Chez nous, la question n’était pas de savoir si une éducatrice voilée, témoin de Jéhovah ou catholique pratiquante pouvait être compétente. Elles le sont autant que les autres, sans aucun doute. Mais parmi les critères que nous avons établis pour choisir une garderie ou une école, la laïcité était non négociable.

Je danse dans ma tête!

Mercredi soir. Cours de danse de ma fille de 11 ans.

Pendant qu’elle jase avec sa gang à l’extérieur, j’entre dans la salle pour acquitter les frais reliés à son spectacle de fin d’année.

Une jeune femme se dirige vers moi, désinvolte. Elle dépose son énorme sac à main sur une chaise et me salue du regard.

- Vous êtes l’enseignante de hip hop de ma fille? que je lui demande, un peu gênée de ne pas l’avoir rencontrée avant le mois d’avril.
- Non. J’enseigne le jazz, me répond-elle avec assurance.
- Vous avez peut-être enseigné à mon aînée, il y a deux ans.
- Elle ne danse plus?
- Non. Elle a trouvé ça très difficile. Elle était plus à l’aise en patin. À moins qu’elle ne soit comme moi, un peu trop cérébrale pour danser.
- Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, m’assure-t-elle. Habiter son corps, ça s’apprend. Il suffit de se laisser aller sur la musique.
- Je sais, mais c’est comme s’il y avait un délai entre le signal que mon cerveau envoie à mon corps et le mouvement.
- Je peux vous aider à apprivoiser votre corps, me dit-elle en esquissant un mouvement sensuel des épaules. J’ai un site sécurisé et une page Facebook, où je donne des leçons privées.
- Euh. Ça va aller, je crois.
- C’est très sécurisé, insiste-t-elle. Et j’ai de très bons tarifs. Vous filmez vos mouvements avec la webcam et je les commente par écrit ou avec la caméra.

Sur ces derniers mots, ma fille entre dans la pièce et intervient:

- Trop cool! Je peux suivre ses cours, maman?
- Non, la reprend mon interlocutrice. C’est ta mère, qui suivrait mes cours.

Hébétée, ma fille se tourne vers moi.

- Quoi? Tu suivrais des cours… avec mon amie?
- Ton amie?

Sans détour (tant pis pour le vouvoiement) je demande à « l’amie » :

- Quel âge as-tu?
- Je suis plus vieille que votre fille, me rassure-t-elle. J’ai 14 ans.

Je suis… mystifiée. Il n’y a pas d’autre mot.

Si j’étais enseignante, je ferais des fautes d’orthographe

Dieu merci, je ne le suis pas. J’ai expliqué pourquoi ici, dans un billet de blogue pour le magazine Coup de pouce. 

Mais si j’étais enseignante, je ferais des fautes d’orthographe.
Parfois.
 
Je suis journaliste et auteure et il m’arrive d’en faire.
 
Et je ne suis pas la seule. Les bibliothèques débordent de livres annotés par des lecteurs qui, grâce à leur œil de lynx, ont su débusquer les fautes de leurs auteurs. C’est malheureux, parce que c’est terrible de voir une erreur dans un texte. C’est comme remarquer un anachronisme dans un film ou voir la vraie barbe du père Noël sous la fausse. Ça tue la magie.
 
Les lecteurs soulignent les erreurs et c’est tant mieux. Mais personne n’aime être pris en faute. C’est dur pour l’ego. Surtout si c’est fait sur la place publique, là où tous les lecteurs et les collègues peuvent constater le faux pas ou l’incompétence.
 
Surtout que certains n’y vont pas de main morte : « Cette journaliste est incompétente!» «C’est inacceptable que des journalistes fassent d’aussi grosses fautes sur un site web connu! ».  D’autres, plus diplomates, m’écrivent en privé pour que je puisse corriger l’erreur en douce.
 
Mais peu importe la manière dont la faute de français m’est rapportée, je n’ai qu’une seule manière d’y répondre :
 
« Merci! Je vais la corriger immédiatement.»
 
Je n’ai pas à me justifier, ni à m’excuser sans fin. J’ai peut-être commis une erreur, parce que j’étais débordée, fatiguée ou stressée. Par contre, si j’ai un réel problème en grammaire, en orthographe ou en ponctuation, je dois y remédier ou être plus attentive la prochaine fois.
 
Alors, si j’étais enseignante et qu’un parent me disait avoir vu une ou des fautes de français dans une communication écrite, je ne dirais pas :
 
« Je sens que vous n’avez pas confiance en mes compétences. »
 
« Je n’ose plus communiquer avec les parents. Je me sens surveillée. »
 
« Parfait! Je n’écrirai plus dans l’agenda de votre enfant. »
 
Je répondrais :
 
« Merci! Je vais la corriger immédiatement.»
 
Le soir venu, j’ouvrirais une bonne bouteille de rouge pour panser les plaies de mon petit ego écorché, comme le font les auteurs et les journalistes, quand ils se font ramasser par la critique ou les lecteurs.
 
Cette année encore, je vais offrir quelques bouteilles de vin aux enseignants de mes enfants pour les remercier. Mais j’avoue que je vais m’en acheter une au passage.
 
À la bonne vôtre! 

Parent-roi à la une: des explications

Dans l’article du Devoir, je porte la couronne. Cela se voulait de l’autodérision. Pour que d’autres parents-rois se reconnaissent et prennent conscience de la longueur de leur bras. Pour que l’on puisse mettre un visage plus humain sur cette génération de parents que les médias dépeignent toujours si négativement et ouvrir le dialogue avec les enseignants.


Preuve que je ne suis pas une vraie reine, la mise en scène, avec la couronne et le père à l’écart, a été décidée par le photographe. On n’était pas d’accord, mais on n’a rien dit. De vrais valets.


Je me définis comme un parent-roi, en comparaison aux parents des générations précédentes qui n’intervenaient pas, ou presque, dans l’éducation de leurs enfants. Mais dans les faits, je suis un parent de la génération X et pour les enseignantes de mes filles, un bon parent tout simplement.


Je suis un parent-roi qui ne dérange pas trop l’école, parce que mes valeurs sont compatibles avec celles du système de l’éducation. J’ai l’éducation à cœur et, la plupart du temps, je laisse les enseignants faire leur travail. Par contre, contrairement aux parents d’il y a 25 ans, mon conjoint et moi croyons que c’est à nous de voir à l’éducation de nos enfants. Le goût de la lecture, la curiosité et la culture générale, pour nous, c’est à la maison que ça se passe.


Quand mon aînée était en première année, je me faisais une joie de participer à la vie de son école. J’accompagnais les enfants aux sorties scolaires, je suggérais des livres, des conférenciers et des activités éducatives à son enseignante. Avec le recul, cela ne devait pas être facile pour elle de gérer mon enthousiasme. D’autant plus que je n’étais pas la seule qui «voulait trop » participer. Un parent qui suggère des trucs et qui a des idées, c’est bien. Trente, c’est lourd. Mais nous, les parents, on ne le réalise pas toujours.


Si quelque chose ne va pas avec mon enfant, je n’hésite pas à communiquer avec la direction de l’école. Par écrit. C’est mon métier d’écrire. Alors entre un courriel, l’agenda de mon enfant ou le téléphone, le choix est vite fait. En dix ans, j’ai dû écrire à l’école deux fois. Cela me semble acceptable, mais parions que ces courriels ont fait jaser dans la salle des profs.


À la maison, par contre, j’agis en souveraine un peu plus souvent. Je n’en suis pas fière, mais c’est la réalité. Par exemple, si l’enseignante écrit « jeudi, le 24 septembre », j’exige que ma fille écrive «le jeudi 24 septembre ». Elle peut m’obstiner des heures que ce n’est pas comme ça que madame machin l’écrit, je lui répète que je veux que ce soit écrit correctement, pas l’opinion de madame machin.


Reprendre l’enseignante devant nos enfants, même à la maison, c’est agir de la même manière que le parent qui dit « ton enseignante exagère, ne fais pas ce travail débile ». On se place en position de supériorité, ce qui fait perdre de la crédibilité à l’école aux yeux de notre enfant. Je sais que ce n’est pas correct, mais mon conjoint et moi sommes incapables de laisser passer une erreur, qu’elle soit en histoire, en français ou en mathématiques. Aller souligner la faute à l’enseignante? Hors de question. J’ai déjà encerclé les fautes dans les questions d’un examen de mon enfant et cela n’a rien apporté de bon, sinon nuire à ma relation avec l’enseignante. Mon objectif n’est pas d’embarrasser qui que ce soit, mais que mes filles écrivent correctement.


Il m’arrive encore de corriger quelques fautes de français devant mes enfants, mais je n’agis plus en parent-roi. Je ne vais plus jamais à l’école. Pas que je sois guérie, mais je n’ai plus le temps. Je me surprends à manquer certaines rencontres de parents et j’oublie même de signer les examens de mes filles. Avec quatre enfants, la microgestion est devenue impossible. Et vous savez? Mes enfants ne s’en portent pas plus mal!


Ma définition d’un parent-roi n’est pas celle d’un mauvais parent. Le parent-roi est interventionniste. Il intervient parfois trop, inutilement ou maladroitement. Il intervient quand il juge qu’il le faut, mais son jugement n’est pas toujours bon. Si les parents que nous sommes sont considérés comme des petits monarques par l’école, je crois que la direction devrait mettre ses culottes, donner des directives claires et imposer des sanctions aux parents qui abusent.



Je vous laisse sur la confidence d’une éducatrice, qui m’a fait sourire hier : les pires parents-rois sont souvent des parents enseignants. Eh bien.