Quoi dire à quelqu’un qui souffre?

T’as vu la montée de lait sur l’infertilité de Geneviève Brouillette à l’émission Format familial et tu t’es dit… Tu t’es rien dit. Mais t’as répété dans ta tête : « compassion, écoute et amour », les trois seules réactions souhaitées, lors d’un face à face avec la souffrance d’autrui. Dixit la belle Geneviève.

Compassion.

Comme dans « Notre-Dame-de-la-Compassion priez pour les âmes du purgatoire »? Eh oui, comme dans ces vieilles affaires-là.

L’infertilité est un purgatoire. Le cancer, la faillite financière, pis les peines d’amour aussi. Le purgatoire, on sait. Mais la compassion, on l’a laissée dans le fond d’un tiroir, avec les médailles religieuses de notre grand-mère. Pis toi, les médailles, tu ne sais pas comment ça marche. Idem pour moi.

Par contre, je sais que le Frère André en a planté une sur le Mont-Royal et qu’un gros champignon a fini par pousser. Plus de 2 millions de personnes vont le voir chaque année.

Des médailles, nous, on en n’a pas. Mais de la compassion, si on gratte un peu, on peut en trouver. À force de gratter, j’ai découvert l’auteur Matthieu Ricard, un moine bouddhiste d’origine française, qui a consacré sa vie à la compassion.

Imagine. Le gars termine son doctorat en génétique cellulaire et part en voyage au Tibet. Pas de veine pour ses parents, il rencontre un maître de la lignée bouddhiste Rinpoché —les Rinpoché, c’est comme la crème brûlée des desserts en matière de sagesse. Fasciné, il quitte tout pour vivre là-bas. Il se rase le crâne, enfile une robe rouge et médite à temps plein. Tu te vois, toi, annoncer un truc pareil à tes parents? Son père était philosophe. Ceci explique peut-être cela.

Toujours est-il que Matthieu Ricard raconte que l’empathie est une capacité à entrer en résonance émotionnelle avec l’autre. Par exemple, si une amie me parle de son problème d’infertilité, de son cancer ou du handicap de son enfant, je suis triste pour elle. Vraiment triste.

Mais si je laisse l’empathie à elle-même, elle me mènera directement au burnout. Pour frapper un mur, rien de mieux, selon Matthieu Ricard, que de ressentir la souffrance de l’autre sans pouvoir la soulager. Une dépression par empathie, ça te dit quelque chose? Dans le genre, c’est ta mère ou ton amie qui a le cancer, mais c’est toi qui tombe. Parfois, ton impuissance devant la souffrance de l’autre est si insupportable, que tu choisis de sauver ta peau. Tu fuis. Hasta la vista, baby!

L’empathie, je vois ça comme un détecteur de fumée. Le feu prend, il sonne. Bip! Bip! Bip! Mon amie infertile souffre. Je le sais, puisque je souffre moi aussi. Si je ne fais rien, je vais y passer avec elle. Il faut vite apaiser la douleur que je ressens. Comment? Avec de la compassion, c’est-à-dire une réaction de solidarité émotionnelle et/ou active. Pis la solidarité, c’est une affaire d’engagement et d’interdépendance. « T’as mal, j’ai mal. Je t’aide, ça m’aide. »

Revenons à l’infertilité. Supposons que mon amie, qui essaie d’avoir un enfant depuis quatre ans, vient de faire une fausse couche.

Avant de lui dire de se tourner vers l’adoption ou que la prochaine fois sera la bonne, j’essaie de me mettre à sa place. Je réalise alors que j’ai déjà rêvé d’être enceinte. Pas d’avoir un enfant, d’être enceinte. Je m’imaginais, avec mon gros ventre, porter des vêtements de maternité, suivre des cours d’aquaforme et sentir bébé bouger. J’allais vivre un accouchement merveilleux. Mon accouchement.

Bon. Ça ne s’est pas passé comme ça, mais tu comprends l’idée.

Eh bien, tout ça, mon amie ne le vivra pas. Être solidaire, c’est essayer de comprendre son deuil de grossesse. L’empathie me ferait brailler avec elle ou dire quelque chose comme: «je ne sais pas comment tu fais. Moi, je ne serais pas capable ». La compassion me ferait plutôt dire:  « Je t’aime. Je te comprends. Je suis là ». Elle me porterait à écouter. Surtout à écouter.

Planter des médailles de Saint-Joseph, c’est pas mon truc. Mais cueillir un beau bouquet de fleurs et le livrer à une amie, en lui disant: « Je suis avec toi dans ce moment difficile », ça je peux.

Et c’est réconfortant. Autant pour elle que pour moi.

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Une réflexion au sujet de « Quoi dire à quelqu’un qui souffre? »

  1. Merci. Effectivement, il est plus juste de répondre: « j’imagine à quel point ça doit faire mal ». Même si j’avais aussi perdu un enfant, je ne pourrais pas vraiment comprendre l’autre.

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