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Cadeaux pour les professeurs: l’enfer c’est nous autres!

Hier matin, j’ai demandé à une libraire des suggestions de cadeaux pour l’enseignante de ma fille. Elle m’a répondu: « J’ai lu sur un site, que les profs ne veulent plus de tasse, plus de chandelles, plus de thé, de café, de chocolats, de biscuits maison, ni de produits pour le bain.

- Ils veulent de l’argent?

- Mais non, a-t-elle précisé. Ils aiment recevoir des chèques-cadeaux! »

Sur le coup, j’ai pensé à nos ados, qui nous font le même genre de demande. Et comme avec eux, j’ai eu un malaise. Offrir un album de musique, ce n’est  pas comme glisser un 10$ sur le comptoir de la cuisine. Me semble.

J’ai aussi pensé à ces parents-rois, dont parlait Marianne Prairie dans Châtelaine, qui donnent des listes de cadeaux à offrir à la fête de leurs enfants avec les prix et qui demandent de bien vouloir y inclure la facture pour pouvoir les échanger.

Puis, j’ai imaginé une salle de profs, où les enseignants se plaignaient entre eux d’avoir encore reçu les mêmes babioles, alors que d’autres, comme les enseignants de musique, d’art dramatique, d’éducation physique ou d’anglais n’auraient reçu aucune tasse de chez David’s Tea, pas de chandelle, ni rien. Et que dire de tous les autres, comme la secrétaire, le concierge, les filles du service de garde et même le directeur, chez qui on a peut-être été verser une larme ou crier notre désespoir?

Avec quatre enfants, j’avais l’habitude de régler le dossier des cadeaux-à-tout-le-monde en commandant quatre sacs cadeaux ( produits pour le bain ou chandelles) à 25 $, puis cinq autres à 15 $ et je passais acheter des chocolats pour les dames du service de garde et les éducatrices de la garderie. Avec les taxes et les cartes, la facture pouvait facilement dépasser les 300 $.

Mais c’était simple… jusqu’à ce qu’une amie enseignante me confie qu’elle ne savait plus quoi faire des savons et des chandelles qu’elle recevait. « Je jette ou je donne la moitié de mes cadeaux! »

Là, j’ai eu l’idée d’offrir des bouteilles de vin de la SAQ.  Pour remercier tout le monde, 10 bouteilles à 10 $ chacune. L’aubaine.

Or, une maman bénévole m’a expliqué qu’un enfant qui offrait une bouteille de vin, c’était immoral. « Quel exemple leur donne-t-on? » L’une de mes filles est même revenue de l’école avec l’impression d’y avoir fait passer de la drogue.

Et si je n’offrais pas de cadeau? Juste un gentil mot avec un bouquet de fleurs du jardin, comme ma mère avait l’habitude de faire dans les années 1980. « On chiale, mais on adore recevoir des cadeaux, m’a avoué une autre amie. Surtout des chèques-cadeaux. »

Ce matin, je me suis donc résignée à offrir des chèques-cadeaux. « C’est trop poche, s’est indignée ma fille de 7 ans. Tu aurais pu offrir un livre de ta bibliothèque, des biscuits ou une photo de moi! » Pour sauver la face, elle s’est précipitée dans ma bibliothèque, a choisi un livre, l’a emballé et a bricolé une carte avec une photo d’elle.

Conclusion: Toujours offrir un mot bien senti à l’enseignante, accompagné de n’importe quoi.

Parce qu’en matière de cadeaux de profs, l’enfer c’est nous autres. Ce que pense l’enseignante, les autres parents ou la société de ce n’importe quoi ne nous appartient pas.

L’important, c’est le petit cœur joyeux de notre enfant, qui offre ce n’importe quoi à celle qu’il aime.

Si j’étais enseignante

Dieu merci, je ne le suis pas!

Mais c’est plus fort que moi, je m’imagine souvent enseigner. Surtout pour bénéficier des longues vacances estivales, du congé de Noël et de la semaine de relâche. Après mes deux semaines de vacances annuelles, je me dis toujours : « Quand je pense que j’aurais pu être enseignante et profiter de l’été »!

Erreur.

Je n’aurais pas pu être enseignante. Chaque fois que j’oublie cette vérité, je vais faire un peu de bénévolat dans la classe de l’une de mes filles et là, je me souviens. Je me souviens de ce qui m’a poussée à tourner le dos aux vacances d’été. D’une implication bénévole à l’autre, les raisons qui me font aimer mon métier actuel varient. Parfois, un seul enfant réussit à me convaincre que les vacances seraient toujours insuffisantes pour passer à travers une année scolaire. Le niveau de bruit de la classe, l’indiscipline généralisée, le manque de ressources matérielles, les pupitres placés en rond: je ne pourrais pas. Le pire, ce sont les parents et les mamans bénévoles. Je ne me supporterais pas, c’est certain!

Comme mon capital patience est déjà bien assez grugé par mes propres enfants, je ne m’imagine pas composer dans un environnement aussi humain et fou à la fois. Parce qu’il en faut de l’humanité pour répéter la même chose du matin au soir. Répéter au même enfant, à la première personne du singulier : « Benjamin, je garde le silence. Je garde le silence, Benjamin. »

Si j’étais enseignante, j’aimerais qu’on m’offre du vin. À la fin de l’année, même si officiellement je ne voudrais pas recevoir de cadeaux, je souhaiterais secrètement que chaque enfant m’offre une bouteille de vin pour passer à travers l’année suivante. Du rouge de la part des garçons et du blanc des filles.  Le soir venu, j’ouvrirais une bouteille, comme d’autres s’ouvrent les veines. Je laisserais couler les aventures de la journée tranquillement, jusqu’à ce que détachement s’en suive!

Chers membres du corps professoral, c’est parce que je ne pourrais pas être enseignante que mes enfants vous offrent toujours une bouteille de vin à la fin de l’année. C’est ma façon de vous lever mon chapeau et de vous dire: « Vous faites du bon boulot, ne lâchez pas !»

Que dirait grand-mère?

«Quand j’étais petite, l’enseignement n’était pas valorisé à la maison, mais les enseignantes, elles, l’étaient beaucoup. D’ailleurs, tous les gens éduqués étaient respectés et admirés: les députés, les ministres, les avocats, les policiers et même les journalistes. Aujourd’hui, vous voulez que vos enfants aillent à l’école pour faire des métiers qui n’ont plus aucune reconnaissance sociale! »

Chez nous, on a des pattes

Chez nous, on a des pattes. « Des bonnes pattes », comme le dirait ma grand-mère.

Et quand elle affirme qu’on a toujours eu de bonnes pattes dans la famille, il faut la croire: la légende dit que mon ancêtre le plus grand aurait mesuré  5’6’’ (168 cm). C’est tout dire.

« Sont peut-être courtes, pis croches, répétait-elle, mais sont solides. Il faut remercier le Bon Dieu de nous avoir donné d’aussi bonnes pattes pour marcher. »

Grâce à ma grand-mère, j’ai toujours été reconnaissante d’avoir des pattes qui marchent. Mais pour danser, j’ai longtemps cru qu’il fallait plutôt avoir de belles jambes droites. Alors, faute d’un équipement adéquat, je n’ai jamais osé suivre un cours de danse.

***

Voilà maintenant quatre ans que je m’investis avec discipline à trouver la paix intérieure. Une paix qui est trop souvent obscurcie par des dialogues, des jugements, des opinions et des projections mentales.

Ma démarche est simple, mais difficile : je m’applique à méditer quotidiennement et à faire de l’activité physique deux à trois fois par semaine. La méditation et la pratique de la pleine conscience m’aident à abandonner tout jugement et concept mental sur les événements de ma vie et sur moi-même. J’essaie, tant bien que mal, d’intégrer le fait que ce que je suis, ce que je vis et même les objets qui m’entourent ne signifient quoi que ce soit, en dehors de la signification que mon mental leur accorde.

Les enfants sentent intuitivement que les choses ont le sens qu’on veut bien leur accorder. Par exemple, ma fillette de 5 ans me pose souvent des questions comme celles-ci : « Qui a décidé que cette chaise était une chaise? Qui a choisi qu’un arbre devait s’appeler un arbre? Qu’est-ce qui te dit qu’un arbre, c’est vraiment un arbre? Est-ce que j’étais moi, avant d’avoir un nom? Si je n’avais pas de nom, est-ce que je serais moi? Et mon nom, qui l’a choisi? Qui a décidé que j’étais moi? »

Ma fille commence à peine à nommer son environnement et à intégrer des discours et des pensées sur celui-ci. Pourtant, ses questions démontrent qu’elle comprend que les formes naissent et meurent, mais que quelque chose d’éternel les habite.

Ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’elle ne sait pas encore qu’elle a des pattes. Alors, elle danse et se trouve très jolie dans ses tutus et ses crinolines.

Si je médite, c’est pour retrouver cet espace mental vierge et sans jugement, si typique de la petite enfance. Pour retrouver le vide à partir duquel je peux me réinventer complètement.

Ainsi, quand une opportunité ou une activité m’est proposée, je me dis de plus en plus souvent : « pourquoi pas »?

En intégrant la méditation dans mon quotidien, je n’ai peut-être pas encore trouvé la paix intérieure, mais mes petites pattes n’ont jamais autant dansé.