Chez nous, on a des pattes

Chez nous, on a des pattes. « Des bonnes pattes », comme le dirait ma grand-mère.

Et quand elle affirme qu’on a toujours eu de bonnes pattes dans la famille, il faut la croire: la légende dit que mon ancêtre le plus grand aurait mesuré  5’6’’ (168 cm). C’est tout dire.

« Sont peut-être courtes, pis croches, répétait-elle, mais sont solides. Il faut remercier le Bon Dieu de nous avoir donné d’aussi bonnes pattes pour marcher. »

Grâce à ma grand-mère, j’ai toujours été reconnaissante d’avoir des pattes qui marchent. Mais pour danser, j’ai longtemps cru qu’il fallait plutôt avoir de belles jambes droites. Alors, faute d’un équipement adéquat, je n’ai jamais osé suivre un cours de danse.

***

Voilà maintenant quatre ans que je m’investis avec discipline à trouver la paix intérieure. Une paix qui est trop souvent obscurcie par des dialogues, des jugements, des opinions et des projections mentales.

Ma démarche est simple, mais difficile : je m’applique à méditer quotidiennement et à faire de l’activité physique deux à trois fois par semaine. La méditation et la pratique de la pleine conscience m’aident à abandonner tout jugement et concept mental sur les événements de ma vie et sur moi-même. J’essaie, tant bien que mal, d’intégrer le fait que ce que je suis, ce que je vis et même les objets qui m’entourent ne signifient quoi que ce soit, en dehors de la signification que mon mental leur accorde.

Les enfants sentent intuitivement que les choses ont le sens qu’on veut bien leur accorder. Par exemple, ma fillette de 5 ans me pose souvent des questions comme celles-ci : « Qui a décidé que cette chaise était une chaise? Qui a choisi qu’un arbre devait s’appeler un arbre? Qu’est-ce qui te dit qu’un arbre, c’est vraiment un arbre? Est-ce que j’étais moi, avant d’avoir un nom? Si je n’avais pas de nom, est-ce que je serais moi? Et mon nom, qui l’a choisi? Qui a décidé que j’étais moi? »

Ma fille commence à peine à nommer son environnement et à intégrer des discours et des pensées sur celui-ci. Pourtant, ses questions démontrent qu’elle comprend que les formes naissent et meurent, mais que quelque chose d’éternel les habite.

Ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’elle ne sait pas encore qu’elle a des pattes. Alors, elle danse et se trouve très jolie dans ses tutus et ses crinolines.

Si je médite, c’est pour retrouver cet espace mental vierge et sans jugement, si typique de la petite enfance. Pour retrouver le vide à partir duquel je peux me réinventer complètement.

Ainsi, quand une opportunité ou une activité m’est proposée, je me dis de plus en plus souvent : « pourquoi pas »?

En intégrant la méditation dans mon quotidien, je n’ai peut-être pas encore trouvé la paix intérieure, mais mes petites pattes n’ont jamais autant dansé.

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