Si j’étais enseignante

Dieu merci, je ne le suis pas!

Mais c’est plus fort que moi, je m’imagine souvent enseigner. Surtout pour bénéficier des longues vacances estivales, du congé de Noël et de la semaine de relâche. Après mes deux semaines de vacances annuelles, je me dis toujours : « Quand je pense que j’aurais pu être enseignante et profiter de l’été »!

Erreur.

Je n’aurais pas pu être enseignante. Chaque fois que j’oublie cette vérité, je vais faire un peu de bénévolat dans la classe de l’une de mes filles et là, je me souviens. Je me souviens de ce qui m’a poussée à tourner le dos aux vacances d’été. D’une implication bénévole à l’autre, les raisons qui me font aimer mon métier actuel varient. Parfois, un seul enfant réussit à me convaincre que les vacances seraient toujours insuffisantes pour passer à travers une année scolaire. Le niveau de bruit de la classe, l’indiscipline généralisée, le manque de ressources matérielles, les pupitres placés en rond: je ne pourrais pas. Le pire, ce sont les parents et les mamans bénévoles. Je ne me supporterais pas, c’est certain!

Comme mon capital patience est déjà bien assez grugé par mes propres enfants, je ne m’imagine pas composer dans un environnement aussi humain et fou à la fois. Parce qu’il en faut de l’humanité pour répéter la même chose du matin au soir. Répéter au même enfant, à la première personne du singulier : « Benjamin, je garde le silence. Je garde le silence, Benjamin. »

Si j’étais enseignante, j’aimerais qu’on m’offre du vin. À la fin de l’année, même si officiellement je ne voudrais pas recevoir de cadeaux, je souhaiterais secrètement que chaque enfant m’offre une bouteille de vin pour passer à travers l’année suivante. Du rouge de la part des garçons et du blanc des filles.  Le soir venu, j’ouvrirais une bouteille, comme d’autres s’ouvrent les veines. Je laisserais couler les aventures de la journée tranquillement, jusqu’à ce que détachement s’en suive!

Chers membres du corps professoral, c’est parce que je ne pourrais pas être enseignante que mes enfants vous offrent toujours une bouteille de vin à la fin de l’année. C’est ma façon de vous lever mon chapeau et de vous dire: « Vous faites du bon boulot, ne lâchez pas !»

Que dirait grand-mère?

«Quand j’étais petite, l’enseignement n’était pas valorisé à la maison, mais les enseignantes, elles, l’étaient beaucoup. D’ailleurs, tous les gens éduqués étaient respectés et admirés: les députés, les ministres, les avocats, les policiers et même les journalistes. Aujourd’hui, vous voulez que vos enfants aillent à l’école pour faire des métiers qui n’ont plus aucune reconnaissance sociale! »

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