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Cadeaux pour les professeurs: l’enfer c’est nous autres!

Hier matin, j’ai demandé à une libraire des suggestions de cadeaux pour l’enseignante de ma fille. Elle m’a répondu: « J’ai lu sur un site, que les profs ne veulent plus de tasse, plus de chandelles, plus de thé, de café, de chocolats, de biscuits maison, ni de produits pour le bain.

- Ils veulent de l’argent?

- Mais non, a-t-elle précisé. Ils aiment recevoir des chèques-cadeaux! »

Sur le coup, j’ai pensé à nos ados, qui nous font le même genre de demande. Et comme avec eux, j’ai eu un malaise. Offrir un album de musique, ce n’est  pas comme glisser un 10$ sur le comptoir de la cuisine. Me semble.

J’ai aussi pensé à ces parents-rois, dont parlait Marianne Prairie dans Châtelaine, qui donnent des listes de cadeaux à offrir à la fête de leurs enfants avec les prix et qui demandent de bien vouloir y inclure la facture pour pouvoir les échanger.

Puis, j’ai imaginé une salle de profs, où les enseignants se plaignaient entre eux d’avoir encore reçu les mêmes babioles, alors que d’autres, comme les enseignants de musique, d’art dramatique, d’éducation physique ou d’anglais n’auraient reçu aucune tasse de chez David’s Tea, pas de chandelle, ni rien. Et que dire de tous les autres, comme la secrétaire, le concierge, les filles du service de garde et même le directeur, chez qui on a peut-être été verser une larme ou crier notre désespoir?

Avec quatre enfants, j’avais l’habitude de régler le dossier des cadeaux-à-tout-le-monde en commandant quatre sacs cadeaux ( produits pour le bain ou chandelles) à 25 $, puis cinq autres à 15 $ et je passais acheter des chocolats pour les dames du service de garde et les éducatrices de la garderie. Avec les taxes et les cartes, la facture pouvait facilement dépasser les 300 $.

Mais c’était simple… jusqu’à ce qu’une amie enseignante me confie qu’elle ne savait plus quoi faire des savons et des chandelles qu’elle recevait. « Je jette ou je donne la moitié de mes cadeaux! »

Là, j’ai eu l’idée d’offrir des bouteilles de vin de la SAQ.  Pour remercier tout le monde, 10 bouteilles à 10 $ chacune. L’aubaine.

Or, une maman bénévole m’a expliqué qu’un enfant qui offrait une bouteille de vin, c’était immoral. « Quel exemple leur donne-t-on? » L’une de mes filles est même revenue de l’école avec l’impression d’y avoir fait passer de la drogue.

Et si je n’offrais pas de cadeau? Juste un gentil mot avec un bouquet de fleurs du jardin, comme ma mère avait l’habitude de faire dans les années 1980. « On chiale, mais on adore recevoir des cadeaux, m’a avoué une autre amie. Surtout des chèques-cadeaux. »

Ce matin, je me suis donc résignée à offrir des chèques-cadeaux. « C’est trop poche, s’est indignée ma fille de 7 ans. Tu aurais pu offrir un livre de ta bibliothèque, des biscuits ou une photo de moi! » Pour sauver la face, elle s’est précipitée dans ma bibliothèque, a choisi un livre, l’a emballé et a bricolé une carte avec une photo d’elle.

Conclusion: Toujours offrir un mot bien senti à l’enseignante, accompagné de n’importe quoi.

Parce qu’en matière de cadeaux de profs, l’enfer c’est nous autres. Ce que pense l’enseignante, les autres parents ou la société de ce n’importe quoi ne nous appartient pas.

L’important, c’est le petit cœur joyeux de notre enfant, qui offre ce n’importe quoi à celle qu’il aime.

Si j’étais enseignante

Dieu merci, je ne le suis pas!

Mais c’est plus fort que moi, je m’imagine souvent enseigner. Surtout pour bénéficier des longues vacances estivales, du congé de Noël et de la semaine de relâche. Après mes deux semaines de vacances annuelles, je me dis toujours : « Quand je pense que j’aurais pu être enseignante et profiter de l’été »!

Erreur.

Je n’aurais pas pu être enseignante. Chaque fois que j’oublie cette vérité, je vais faire un peu de bénévolat dans la classe de l’une de mes filles et là, je me souviens. Je me souviens de ce qui m’a poussée à tourner le dos aux vacances d’été. D’une implication bénévole à l’autre, les raisons qui me font aimer mon métier actuel varient. Parfois, un seul enfant réussit à me convaincre que les vacances seraient toujours insuffisantes pour passer à travers une année scolaire. Le niveau de bruit de la classe, l’indiscipline généralisée, le manque de ressources matérielles, les pupitres placés en rond: je ne pourrais pas. Le pire, ce sont les parents et les mamans bénévoles. Je ne me supporterais pas, c’est certain!

Comme mon capital patience est déjà bien assez grugé par mes propres enfants, je ne m’imagine pas composer dans un environnement aussi humain et fou à la fois. Parce qu’il en faut de l’humanité pour répéter la même chose du matin au soir. Répéter au même enfant, à la première personne du singulier : « Benjamin, je garde le silence. Je garde le silence, Benjamin. »

Si j’étais enseignante, j’aimerais qu’on m’offre du vin. À la fin de l’année, même si officiellement je ne voudrais pas recevoir de cadeaux, je souhaiterais secrètement que chaque enfant m’offre une bouteille de vin pour passer à travers l’année suivante. Du rouge de la part des garçons et du blanc des filles.  Le soir venu, j’ouvrirais une bouteille, comme d’autres s’ouvrent les veines. Je laisserais couler les aventures de la journée tranquillement, jusqu’à ce que détachement s’en suive!

Chers membres du corps professoral, c’est parce que je ne pourrais pas être enseignante que mes enfants vous offrent toujours une bouteille de vin à la fin de l’année. C’est ma façon de vous lever mon chapeau et de vous dire: « Vous faites du bon boulot, ne lâchez pas !»

Que dirait grand-mère?

«Quand j’étais petite, l’enseignement n’était pas valorisé à la maison, mais les enseignantes, elles, l’étaient beaucoup. D’ailleurs, tous les gens éduqués étaient respectés et admirés: les députés, les ministres, les avocats, les policiers et même les journalistes. Aujourd’hui, vous voulez que vos enfants aillent à l’école pour faire des métiers qui n’ont plus aucune reconnaissance sociale! »

Lutins de Noël: les questions pièges

1. « Pourquoi il y a des lutins à vendre dans les magasins? » Les lutins de Noël, c’est comme la viande. Quand on n’a pas le temps ou le talent pour chasser, on l’achète chez le boucher.

2. « Les lutins qu’ils vendent dans des boîtes, ce sont des vrais? » Ce sont des lutins d’élevage. Ils n’ont pas grandi en liberté au pôle Nord et sont un peu moins vigoureux et coquins que les autres. Cela permet aux commerçants d’en vendre plus. Ils coûtent moins cher et les tout-petits ne voient pas la différence.

3. « Les lutins ne sont pas tous pareils. Est-ce qu’ils sont tous vrais? » Les éléphants et les chats ne sont pas pareils. Pourtant, ce sont tous des animaux. Oui, ce sont tous des vrais.

4. « J’ai une amie qui a quatre lutins. Moi aussi, j’en veux plein. » Ta cousine a six animaux de compagnie et nous aucun. C’est à chaque famille de mettre ses limites et les nôtres sont atteintes.

5. « Il n’y a presque pas de lutins filles. Pourquoi? » Les filles sont très difficiles à attraper. Demande à papa, il va te dire que c’est vrai.

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Quoi dire à quelqu’un qui souffre?

T’as vu la montée de lait sur l’infertilité de Geneviève Brouillette à l’émission Format familial et tu t’es dit… Tu t’es rien dit. Mais t’as répété dans ta tête : « compassion, écoute et amour », les trois seules réactions souhaitées, lors d’un face à face avec la souffrance d’autrui. Dixit la belle Geneviève.

Compassion.

Comme dans « Notre-Dame-de-la-Compassion priez pour les âmes du purgatoire »? Eh oui, comme dans ces vieilles affaires-là.

L’infertilité est un purgatoire. Le cancer, la faillite financière, pis les peines d’amour aussi. Le purgatoire, on sait. Mais la compassion, on l’a laissée dans le fond d’un tiroir, avec les médailles religieuses de notre grand-mère. Pis toi, les médailles, tu ne sais pas comment ça marche. Idem pour moi.

Par contre, je sais que le Frère André en a planté une sur le Mont-Royal et qu’un gros champignon a fini par pousser. Plus de 2 millions de personnes vont le voir chaque année.

Des médailles, nous, on en n’a pas. Mais de la compassion, si on gratte un peu, on peut en trouver. À force de gratter, j’ai découvert l’auteur Matthieu Ricard, un moine bouddhiste d’origine française, qui a consacré sa vie à la compassion.

Imagine. Le gars termine son doctorat en génétique cellulaire et part en voyage au Tibet. Pas de veine pour ses parents, il rencontre un maître de la lignée bouddhiste Rinpoché —les Rinpoché, c’est comme la crème brûlée des desserts en matière de sagesse. Fasciné, il quitte tout pour vivre là-bas. Il se rase le crâne, enfile une robe rouge et médite à temps plein. Tu te vois, toi, annoncer un truc pareil à tes parents? Son père était philosophe. Ceci explique peut-être cela.

Toujours est-il que Matthieu Ricard raconte que l’empathie est une capacité à entrer en résonance émotionnelle avec l’autre. Par exemple, si une amie me parle de son problème d’infertilité, de son cancer ou du handicap de son enfant, je suis triste pour elle. Vraiment triste.

Mais si je laisse l’empathie à elle-même, elle me mènera directement au burnout. Pour frapper un mur, rien de mieux, selon Matthieu Ricard, que de ressentir la souffrance de l’autre sans pouvoir la soulager. Une dépression par empathie, ça te dit quelque chose? Dans le genre, c’est ta mère ou ton amie qui a le cancer, mais c’est toi qui tombe. Parfois, ton impuissance devant la souffrance de l’autre est si insupportable, que tu choisis de sauver ta peau. Tu fuis. Hasta la vista, baby!

L’empathie, je vois ça comme un détecteur de fumée. Le feu prend, il sonne. Bip! Bip! Bip! Mon amie infertile souffre. Je le sais, puisque je souffre moi aussi. Si je ne fais rien, je vais y passer avec elle. Il faut vite apaiser la douleur que je ressens. Comment? Avec de la compassion, c’est-à-dire une réaction de solidarité émotionnelle et/ou active. Pis la solidarité, c’est une affaire d’engagement et d’interdépendance. « T’as mal, j’ai mal. Je t’aide, ça m’aide. »

Revenons à l’infertilité. Supposons que mon amie, qui essaie d’avoir un enfant depuis quatre ans, vient de faire une fausse couche.

Avant de lui dire de se tourner vers l’adoption ou que la prochaine fois sera la bonne, j’essaie de me mettre à sa place. Je réalise alors que j’ai déjà rêvé d’être enceinte. Pas d’avoir un enfant, d’être enceinte. Je m’imaginais, avec mon gros ventre, porter des vêtements de maternité, suivre des cours d’aquaforme et sentir bébé bouger. J’allais vivre un accouchement merveilleux. Mon accouchement.

Bon. Ça ne s’est pas passé comme ça, mais tu comprends l’idée.

Eh bien, tout ça, mon amie ne le vivra pas. Être solidaire, c’est essayer de comprendre son deuil de grossesse. L’empathie me ferait brailler avec elle ou dire quelque chose comme: «je ne sais pas comment tu fais. Moi, je ne serais pas capable ». La compassion me ferait plutôt dire:  « Je t’aime. Je te comprends. Je suis là ». Elle me porterait à écouter. Surtout à écouter.

Planter des médailles de Saint-Joseph, c’est pas mon truc. Mais cueillir un beau bouquet de fleurs et le livrer à une amie, en lui disant: « Je suis avec toi dans ce moment difficile », ça je peux.

Et c’est réconfortant. Autant pour elle que pour moi.

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À mon amie qui n’a pas d’enfant

Parce que je t’aime et que tu me donnes des conseils sur l’éducation de mes enfants, je me permets de t’en donner quelques-uns à mon tour.

Prends un congé de maternité. Les congés de maternité ne sont pas des vacances. Mais ce que les mères ne disent pas, c’est qu’ils nous permettent de couper les ponts avec la réalité connue. Un an sans collègues, sans uniforme ou tailleur, un nouveau réseau de mamans, du temps pour jaser avec nos voisins, lire des polars ou des livres de développement personnel, suivre des cours de yoga, d’aquaforme ou de cardio-poussette, ça nous propulse là où l’on ne pensait JAMAIS aller.

Un congé de maternité pour te materner. Six mois. Un an. Décaisse tes REER ou emprunte s’il le faut. Offre-toi l’opportunité de te lancer dans ta propre quête. Fais Compostelle, suis des cours de dessin ou de couture ou ne fais rien du tout. Va voir ailleurs si tu y es!

Deviens une super-matante. Emprunte un ou des enfants et deviens une super-matante. Aime-les sans condition et sois leur alliée, quoi qu’il arrive. Transforme-toi en « matante culture », « matante flyée », « matante aventure » ou « matante granola ». Amène tes neveux et nièces, biologiques ou d’adoption, dans ton univers. Fais-leur voir le monde et ce qu’ils sont avec des yeux différents de ceux de leurs parents. Le rôle de super-matante est aussi important que celui d’une mère. Joue-le de ton mieux.

Équilibre ton travail et ta vie personnelle. La conciliation travail-famille, c’est aussi pour toi. Personne ne remarque que les dossiers atterrissent sur ton bureau, lors des congés de maternité des autres? Tu fais des heures supplémentaires parce que, de toute façon, tu n’as pas d’enfant? Fais de ta vie personnelle une priorité! Tu as des loisirs, un cercle d’amies, des neveux et nièces ou un chien à amener à la clinique. Ose en faire moins. Et si tel est ton désir, travaille quatre jours par semaine ou fais du télétravail. Tu y as droit, toi aussi.

Ne te justifie jamais. Si ta vie te comble, tu cesseras de te justifier. Quand on se sent toujours jugée, attaquée ou incomprise, c’est qu’on n’est pas heureuse. Tu n’as pas à expliquer les raisons qui font que tu n’as pas d’enfant. Que ce soit voulu ou non. On me demande régulièrement pourquoi j’ai eu quatre filles. « Tu voulais absolument un garçon? La dernière est un accident? La contraception, tu ne connais pas ça? » Je réponds, souriante, que je voulais une grosse famille, en ajoutant que je suis heureuse ainsi. Fais de même. « On n’a pas d’enfants et on très heureux comme ça. » Le bonheur, ça ne se justifie pas.

Sois fertile. La procréation, ce n’est pas tout. Il y a la fertilité d’esprit et de cœur. Cultive tes amitiés et ton bonheur et tu seras plus féconde que bien des mères. Les gens fertiles ne meurent jamais seuls, qu’ils aient des enfants ou non. Alors, quand on te dira, désolé: « Oh! Qui s’occupera de toi, quand tu seras vieille? » Dis-toi qu’on ne fait jamais d’enfants pour qu’ils changent nos couches et que les hospices sont remplis de mères abandonnées. Il y aura toujours quelqu’un pour toi, si tu as été une femme généreuse. Personne ne laisse tomber sa super-matante. Personne.

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Dialogue avec mon problème

Moi  - Mais pourquoi es-tu dans ma vie?

Problème  -Parce que tu m’as invité. Avoue que tu  m’aimes bien!

Moi  -C’est toi qui s’est invité. Et je ne t’aime pas.

Problème  -Tu as laissé ta porte ouverte, c’était invitant. Tu m’as permis d’entrer dans ta vie.

Moi  -J’ai laissé la porte ouverte, parce que j’étais distraite.

Problème  - Tu dois m’aimer. La preuve,  tu me nourris.

Moi  - Justement! Je n’en peux plus de te faire vivre! Va-t’en!

Problème  - Si tu prenais la peine de me connaître, tu réaliserais que je suis petit. Tu me nourris beaucoup trop. Si je deviens gros, c’est ta faute!

Moi  -Tout ce que je te demande, c’est de sortir de ma vie.

Problème  -Je ne suis pas ton ennemi.

Moi  -J’aimerais vraiment mieux que tu partes.

Problème  -Si je te quitte avant qu’on devienne des amis, tu auras toujours peur que je revienne.

Moi  -Je suis prête à prendre ce risque.

Problème  - En étant amis, je pourrais mieux te comprendre. Je réaliserais peut-être qu’il est mieux pour toi que je m’en aille.

Moi – Allez ouste!

Problème -Et si on se croise, tu n’aurais plus peur de moi. Tu serais capable de me saluer et peut-être même de m’accueillir quelques jours, sans trop de soucis.

Moi – Jamais!

Problème – D’accord. Je m’amuse bien, moi.

Moi – Je ne peux plus respirer, dormir et vivre sans toi. Je te déteste.

Problème – Moi aussi, je t’aime.

 

Le Père Noël à l’ordre du jour

On aime être dépaysé, rencontrer des cultures et des mondes différents, mais on n’a pas le temps, ni l’argent pour partir à l’aventure?

Pourquoi ne pas faire une petite escapade anthropologique au conseil d’administration d’une garderie ou du conseil d’établissement d’une école primaire de votre quartier? La destination n’est pas très touristique, mais elle vaut vraiment le détour.

Ma première excursion s’est déroulé un soir d’hiver, il y a plus de cinq ans. Une amie m’avait invitée à faire un tour au conseil d’administration de la garderie de nos enfants. Le père Noël devait y subir son procès et de nombreux parents étaient concernés par sa cause :

– Le père Noël n’existe pas, a affirmé une mère. Je suis contre le fait qu’il vienne donner des cadeaux aux enfants à la garderie.

– Ils sont si petits. Ils doivent croire à la magie de Noël, lui a répondu une autre maman affolée.

– Justement, il faudrait que les éducatrices disent aux enfants que toute cette histoire vient d’une publicité de Coca Cola. Le père Noël est un symbole commercial. Mes filles le savent et elles disent la vérité à leurs amies.

– Quoi? Elles racontent à leurs amies que le père Noël n’existe pas? a réagi un père au fond de la salle. J’espère que les éducatrices interviennent. Vous dites aux enfants que le père Noël existe, non?

– C’est pour cette raison que nous vous avons réunis. Nous devons trancher la question, a précisé la directrice.

– Vous ne pouvez quand même pas dire aux enfants la vérité? Ce serait trop terrible! s’est écriée une mère, qui avoua du même souffle avoir déjà acheté tous ses cadeaux.

– La vérité, vous ne pensez pas que c’est important? avait questionné celle qui ne croyait pas au dieu de la consommation.

– Moi, je crois qu’il y a un âge pour la vérité, madame! s’est indignée une autre mère, à bout d’arguments.

Comme je n’avais toujours pas participé au débat, la directrice s’est alors tournée vers moi et m’a demandée de dire quelque chose. N’importe quoi.

– Ma fille croit au père Noël. À la maison, on pratique sa religion. On appelle ça, la magie de Noël. Certains n’embarquent pas là-dedans et préfèrent parler de la nativité ou de rien du tout. Et c’est bien correct. Par contre, les éducatrices devraient donner une éducation laïque et ne jamais se prononcer sur l’existence du père Noël. Si les enfants leur posent la question, elles pourraient répondre qu’elles ne savent pas.

– Mais si les enfants qui n’y croient pas disent la vérité aux autres? s’est inquiétée une mère.

– Ma fille a la foi. Ce sera alors sa croyance contre celle des autres. Tant que les éducatrices ne tranchent pas, je n’y vois pas de problème.

Cette année-là, le père Noël n’est pas venu à la garderie. Ma fille a dit que c’était parce qu’il était très occupé à faire la tournée des centres commerciaux ––il a même dû embaucher des remplaçants et de faux lutins.

Et comme prévu, la petite fille de la mère qui ne croyait pas lui a avoué son terrible secret.: « Le père Noël n’existe pas. Mes parents m’ont dit la vérité.

– Tes parents ne croient pas à la magie de Noël, c’est triste.

– Les tiens te mentent. Tout ça, c’est pour les bébés! »

Mais le doute s’était infiltré dans les deux esprits. Préparant l’une à la grande révélation et saupoudrant un peu de magie dans le Noël de l’autre.

L’important c’est la rose

Hier soir, j’ai passé une agréable soirée en compagnie de plusieurs bonnes amies. Le type de soirée qui me donne de l’énergie, du réconfort et confiance en la vie.

Mais qu’est-ce que l’amitié?

Le sens commun veut qu’un ou une amie soit quelqu’un sur qui on peut compter, avec qui on rigole ou on pleure, à qui on peut dire les vraies choses, avec qui on aime passer du temps, qui ne nous juge pas, qui nous pardonne, avec qui on se sent bien, en qui on a confiance et qui nous apporte du réconfort.

Khalil Gibran affirmait que « l’amitié est toujours une douce responsabilité, jamais une opportunité ». Le renard dit d’ailleurs au Petit Prince de Saint-Exupéry : « si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un d’un l’autre. Tu seras pour moi unique au monde ». Un peu plus loin, il ajoute : « tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose. »

Cela dit, êtes-vous amie avec vous-mêmes? Et pour ce faire, qui doit apprivoiser qui?

Lors de la dernière journée Jasette et plaisirs, organisée par Coup de pouce, l’animatrice Josée Boudreault disait vouloir donner une conférence, dont la question centrale serait : « Suis-je une bonne amie pour moi-même »? Quand Josée m’a posé la question, je n’ai pas été capable de lui répondre. Je ne savais pas.

Aujourd’hui, je lui dirais qu’en vieillissant, j’ai compris que pour devenir une bonne amie envers moi-même, il n’y avait rien de mieux que les vraies amitiés. Mes amies m’apprennent à me voir avec leurs yeux aimants, indulgents, admiratifs ou compatissants. Quand elles les ferment sur certains de mes comportements, je fais de même.

Grâce à mes amies,  je m’apprivoise et je suis maintenant responsable de ma rose.

La collation scolaire version 2.0

Dans le premier numéro de la toute nouvelle revue Véro, je signe une chronique sur le parent-roi au côté de mon amie, Julie Philippon.

Pour coller à la commande, j’ai accepté de prendre une position sur le sujet —la pensée dualiste est dans l’air du temps et les médias aiment polariser les opinions pour soulever le débat. Pour avoir voix au chapitre, je me plie donc aux règles du jeu.

Or, je crois qu’il est inutile de chercher à qui la faute dans le dysfonctionnement actuel du système de l’éducation. La société s’est complexifiée et c’est un peu tout le monde qui en fait les frais : les enseignants, les parents et même les enfants!

L’espace d’un instant, imaginons ce que dirait grand-mère, née en 1910, d’une rencontre de parents d’élèves du préscolaire.

L’enseignante :

- En classe, seuls les fruits, les légumes et les produits laitiers sont acceptés.  Par exemple, si vous donnez une pomme, elle doit être coupée en morceaux et mise dans un sac Ziploc, bien identifié au nom de votre enfant.

Un parent méticuleux :

-      Si la marque du sac n’est pas Ziploc, est-ce que c’est correct?

L’enseignante :

-      La marque importe peu, mais le sac doit s’ouvrir et se fermer aisément et toujours être identifié au nom de l’enfant.

Un parent pas compliqué, mais interventionniste :

-      Mais pourquoi ne pas glisser une pomme dans le sac de mon enfant, comme autrefois?

L’enseignante :

-      Il n’est pas nécessaire que la pomme soit coupée, mais c’est préférable. Les enfants n’ont pas beaucoup de temps pour  la collation et c’est difficile pour eux de manger une pomme entière ou d’éplucher un fruit.  L’important, c’est de bien identifier la collation dans un Ziploc, parce qu’elle est mise dans un panier collectif dès l’entrée des élèves en classe.

Un parent radin :

-      Si mon enfant n’a pas terminé sa collation, est-ce qu’il peut ramener les restes dans son Ziploc à la maison?

L’enseignante :

-      C’est comme vous le voulez, mais pour éviter les restes, il est préférable de couper le fruit. Mais sans Ziploc, l’enfant doit jeter le reste de sa pomme.

Un parent vert :

-      Mais ce n’est pas écologique! Est-ce que je peux prendre un sac en nylon ou écrire le nom de mon enfant sur la pelure de la banane ou de l’orange, par exemple?

L’enseignante :

-      Oui, mais l’enfant doit être capable d’éplucher sa banane ou son orange. Sinon, il n’aura pas le temps de la manger.

Un parent imaginatif :

-      Une compote de pommes, c’est un fruit. Est-ce que mon enfant a le droit d’en apporter?

L’enseignante :

-      Il a le droit, mais il faut insérer le pot et la cuillère dans un sac bien identifié.

Un parent qui n’a pas de vie :

-      De la compote, c’est aussi long à manger qu’une orange… je ne comprends pas. Et si mon enfant n’est pas capable d’ouvrir son pot, est-ce que vous pourrez l’aider?

Et ainsi de suite.

Que dirait grand-mère?

C’est quoi cette société où on n’a même plus le temps de manger une pomme? Et puis, pourquoi une collation en classe? Les enfants ne peuvent pas attendre le dîner? Ils ne mourront pas! L’école est donc ben compliquée! Et les parents qui en rajoutent! Le monde est devenu fou!

De la gardienne à antennes à Mario

En garderie, la causerie du lundi matin est un moment d’échange important pour développer le langage et l’expression des émotions des enfants. L’éducatrice leur demande ce qu’ils ont mangé, fait, écouté ou visité pendant la fin de semaine.

J’imagine très bien ma fille de trois ans partager ses aventures au groupe :

- J’ai visité un pays, hier. Le troisième pays.

- Tu veux dire que tu as visité trois pays? rectifierait l’éducatrice.

- Oui. Il y avait des montages, mais je n’ai pas réussi à voir les lacs.

- C’était loin ton pays? Parce que c’était peut-être une ville. Tu y es allée avec papa et maman?

- Non, avec Mario.

Mario, comme dans Super Mario Bros.

À une autre époque, elle aurait probablement dit avoir joué avec sa mini console de jeux. Mais en 2013, elle a visité un « nouveau pays », celui qu’elle rêvait de voir depuis des semaines!

Si la gardienne à antennes a été bien pratique pour ma mère, lors de la préparation des repas, sa version sans-fil, avec ces mille et un jeux interactifs, transporte mes enfants dans un monde virtuel de plus en plus réel.

- Regarde, maman comme je suis bonne au tennis! m’a lancé ma grande, télécommande/raquette à la main, en 2008.

- T’es bonne au jeu vidéo, ai-je senti le besoin de préciser, pas au tennis.

- Ah! C’est pareil! Je veux m’inscrire à l’activité de tennis de l’école après les fêtes! J’aime trop ça!

Mais quand est venu le temps de l’inscrire à l’activité, le groupe était déjà complet.

- Je ne comprends pas, m’a avoué la responsable des activités parascolaires. Habituellement, on réussit de peine et de misère à former un groupe.

- Les enfants doivent être nombreux à avoir reçu une console de jeux à Noël.

- Vous croyez? Ils seront déçus de réaliser que le tennis est un sport difficile.

Pour être déçus, ils l’ont été. Aucun groupe n’a été formé l’année suivante.

Un jour, une sociologue m’a dit que les jouets ont toujours un caractère politique, sociologique et culturel, qui prépare les enfants à devenir les adultes de leur future société.

Quand on y pense, ma belle mère, née en 1929, a vécu pendant les belles années de l’industrie de l’automobile. La voiture a fait son entrée dans les familles québécoises, alors qu’elle était toute petite. Elle adorait faire un « tour de char » en famille et les automobiles l’ont fascinée toute sa vie. Elle aimait en parler, les laver et les magasiner. Elle photographiait même ses nouvelles acquisitions. Pour elle, la voiture était plus qu’un moyen de transport. C’était un moyen d’expression de soi et un symbole de réussite sociale.

Mes parents, des baby-boomers, ont été la seule génération d’enfants à vivre l’arrivée de la télévision. Encore aujourd’hui, celle-ci occupe une place importante dans leur vie. Pour cette génération, « passer à la télé » c’est la consécration : « Tu as vu? La petite-nièce de matante Gertrude est passée à l’émission de machin l’autre jour? » Ils aiment voir les nouvelles, entendre les vedettes dans les talk-shows et possèdent toujours la coupole ou le terminal de câblo dernier cri. Les enfants de la télé, c’était eux.

Ma génération, les X et les Y, a grandi avec l’ordinateur, les jeux vidéo et l’Internet. Je nous entends encore parler de marques et de composantes, comme les autres générations ont parlé des vedettes ou des voitures: Pentium, Dell, Mac, carte graphique, mémoire vive, micro-processeur, haute vitesse, Playstation, Nintendo, etc. L’industrie de l’informatique et la fameuse société de l’information, c’est nous.

Mais à quel type de société, le simulacre des jeux de nos enfants les prépare-t-il?

Après la société de consommation, des communications et de l’information, leur société sera peut-être celle de la simulation? Une société où ils achèteront des maisons, se marieront et iront en voyage dans des univers simulés, loin des dangers et des maladies?

Qui vivra verra!