De la gardienne à antennes à Mario

En garderie, la causerie du lundi matin est un moment d’échange important pour développer le langage et l’expression des émotions des enfants. L’éducatrice leur demande ce qu’ils ont mangé, fait, écouté ou visité pendant la fin de semaine.

J’imagine très bien ma fille de trois ans partager ses aventures au groupe :

- J’ai visité un pays, hier. Le troisième pays.

- Tu veux dire que tu as visité trois pays? rectifierait l’éducatrice.

- Oui. Il y avait des montages, mais je n’ai pas réussi à voir les lacs.

- C’était loin ton pays? Parce que c’était peut-être une ville. Tu y es allée avec papa et maman?

- Non, avec Mario.

Mario, comme dans Super Mario Bros.

À une autre époque, elle aurait probablement dit avoir joué avec sa mini console de jeux. Mais en 2013, elle a visité un « nouveau pays », celui qu’elle rêvait de voir depuis des semaines!

Si la gardienne à antennes a été bien pratique pour ma mère, lors de la préparation des repas, sa version sans-fil, avec ces mille et un jeux interactifs, transporte mes enfants dans un monde virtuel de plus en plus réel.

- Regarde, maman comme je suis bonne au tennis! m’a lancé ma grande, télécommande/raquette à la main, en 2008.

- T’es bonne au jeu vidéo, ai-je senti le besoin de préciser, pas au tennis.

- Ah! C’est pareil! Je veux m’inscrire à l’activité de tennis de l’école après les fêtes! J’aime trop ça!

Mais quand est venu le temps de l’inscrire à l’activité, le groupe était déjà complet.

- Je ne comprends pas, m’a avoué la responsable des activités parascolaires. Habituellement, on réussit de peine et de misère à former un groupe.

- Les enfants doivent être nombreux à avoir reçu une console de jeux à Noël.

- Vous croyez? Ils seront déçus de réaliser que le tennis est un sport difficile.

Pour être déçus, ils l’ont été. Aucun groupe n’a été formé l’année suivante.

Un jour, une sociologue m’a dit que les jouets ont toujours un caractère politique, sociologique et culturel, qui prépare les enfants à devenir les adultes de leur future société.

Quand on y pense, ma belle mère, née en 1929, a vécu pendant les belles années de l’industrie de l’automobile. La voiture a fait son entrée dans les familles québécoises, alors qu’elle était toute petite. Elle adorait faire un « tour de char » en famille et les automobiles l’ont fascinée toute sa vie. Elle aimait en parler, les laver et les magasiner. Elle photographiait même ses nouvelles acquisitions. Pour elle, la voiture était plus qu’un moyen de transport. C’était un moyen d’expression de soi et un symbole de réussite sociale.

Mes parents, des baby-boomers, ont été la seule génération d’enfants à vivre l’arrivée de la télévision. Encore aujourd’hui, celle-ci occupe une place importante dans leur vie. Pour cette génération, « passer à la télé » c’est la consécration : « Tu as vu? La petite-nièce de matante Gertrude est passée à l’émission de machin l’autre jour? » Ils aiment voir les nouvelles, entendre les vedettes dans les talk-shows et possèdent toujours la coupole ou le terminal de câblo dernier cri. Les enfants de la télé, c’était eux.

Ma génération, les X et les Y, a grandi avec l’ordinateur, les jeux vidéo et l’Internet. Je nous entends encore parler de marques et de composantes, comme les autres générations ont parlé des vedettes ou des voitures: Pentium, Dell, Mac, carte graphique, mémoire vive, micro-processeur, haute vitesse, Playstation, Nintendo, etc. L’industrie de l’informatique et la fameuse société de l’information, c’est nous.

Mais à quel type de société, le simulacre des jeux de nos enfants les prépare-t-il?

Après la société de consommation, des communications et de l’information, leur société sera peut-être celle de la simulation? Une société où ils achèteront des maisons, se marieront et iront en voyage dans des univers simulés, loin des dangers et des maladies?

Qui vivra verra!

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La garderie en noir et blanc

Choisir une garderie et choisir le prochain gouvernement, même combat.

On a peu d’options, aucune ne rencontre l’ensemble de nos critères et quand notre choix est fait, notre confiance n’est jamais absolue.

C’est dans ce climat de compromissions que nous avons trouvé la garderie de notre troisième fille. L’endroit était propre et sécuritaire, tandis que l’éducatrice, charmante et affectueuse, y servait de bons petits plats faits maison.

Fait étrange: il n’y avait aucun jouet commercial ou téléviseur.

Bah, se disait-on. Il s’agit probablement d’une éducatrice intellectuelle ou d’une adepte de la simplicité volontaire!

Dans un cas, comme dans l’autre, nous étions séduits par cet endroit aux couleurs d’autrefois. Une garderie couleur sépia, c’était tout simplement charmant! Une éducation où le regard n’allait pas être distrait par la couleur, cela ne pouvait être qu’une belle aventure!

Ce qu’on ne savait pas, c’est que la couleur sépia se détériore rapidement à la lumière vive.

Les enfants n’ont pas fêté l’Halloween, ni Noël. Pas de bricolage, de chanson ou de déguisement thématique. Et comme l’éducatrice gardait aussi ses propres garçons, à qui elle refusait toute médication, notre fille a été malade pendant les trois mois où elle a fréquenté l’endroit.

Aux hasards d’une conversation entre parents, nous avons fini par apprendre que l’éducatrice était Témoin de Jéhovah.

Quand il y a un crucifix dans l’entrée ou que les éducatrices portent le voile, on sait que l’éducation de notre enfant risque d’être biaisée par une religion quelconque. Mais sans signe religieux pour nous mettre la puce à l’oreille, comment fait-on?

L’éducatrice a tout avoué et nous avons retiré notre fille de son service de garde. Avons-nous fait preuve de discrimination, été racistes ou fermés d’esprit? Peut-être. Ou peut-être pas. Mais on a fait un choix.

Signes ostentatoires ou non, on ne pourra jamais empêcher les gens de choisir. Chez nous, la question n’était pas de savoir si une éducatrice voilée, témoin de Jéhovah ou catholique pratiquante pouvait être compétente. Elles le sont autant que les autres, sans aucun doute. Mais parmi les critères que nous avons établis pour choisir une garderie ou une école, la laïcité était non négociable.

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Je danse dans ma tête!

Mercredi soir. Cours de danse de ma fille de 11 ans.

Pendant qu’elle jase avec sa gang à l’extérieur, j’entre dans la salle pour acquitter les frais reliés à son spectacle de fin d’année.

Une jeune femme se dirige vers moi, désinvolte. Elle dépose son énorme sac à main sur une chaise et me salue du regard.

- Vous êtes l’enseignante de hip hop de ma fille? que je lui demande, un peu gênée de ne pas l’avoir rencontrée avant le mois d’avril.
- Non. J’enseigne le jazz, me répond-elle avec assurance.
- Vous avez peut-être enseigné à mon aînée, il y a deux ans.
- Elle ne danse plus?
- Non. Elle a trouvé ça très difficile. Elle était plus à l’aise en patin. À moins qu’elle ne soit comme moi, un peu trop cérébrale pour danser.
- Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, m’assure-t-elle. Habiter son corps, ça s’apprend. Il suffit de se laisser aller sur la musique.
- Je sais, mais c’est comme s’il y avait un délai entre le signal que mon cerveau envoie à mon corps et le mouvement.
- Je peux vous aider à apprivoiser votre corps, me dit-elle en esquissant un mouvement sensuel des épaules. J’ai un site sécurisé et une page Facebook, où je donne des leçons privées.
- Euh. Ça va aller, je crois.
- C’est très sécurisé, insiste-t-elle. Et j’ai de très bons tarifs. Vous filmez vos mouvements avec la webcam et je les commente par écrit ou avec la caméra.

Sur ces derniers mots, ma fille entre dans la pièce et intervient:

- Trop cool! Je peux suivre ses cours, maman?
- Non, la reprend mon interlocutrice. C’est ta mère, qui suivrait mes cours.

Hébétée, ma fille se tourne vers moi.

- Quoi? Tu suivrais des cours… avec mon amie?
- Ton amie?

Sans détour (tant pis pour le vouvoiement) je demande à « l’amie » :

- Quel âge as-tu?
- Je suis plus vieille que votre fille, me rassure-t-elle. J’ai 14 ans.

Je suis… mystifiée. Il n’y a pas d’autre mot.

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Si j’étais enseignante, je ferais des fautes d’orthographe

Dieu merci, je ne le suis pas. J’ai expliqué pourquoi ici, dans un billet de blogue pour le magazine Coup de pouce. 

Mais si j’étais enseignante, je ferais des fautes d’orthographe.
Parfois.
 
Je suis journaliste et auteure et il m’arrive d’en faire.
 
Et je ne suis pas la seule. Les bibliothèques débordent de livres annotés par des lecteurs qui, grâce à leur œil de lynx, ont su débusquer les fautes de leurs auteurs. C’est malheureux, parce que c’est terrible de voir une erreur dans un texte. C’est comme remarquer un anachronisme dans un film ou voir la vraie barbe du père Noël sous la fausse. Ça tue la magie.
 
Les lecteurs soulignent les erreurs et c’est tant mieux. Mais personne n’aime être pris en faute. C’est dur pour l’ego. Surtout si c’est fait sur la place publique, là où tous les lecteurs et les collègues peuvent constater le faux pas ou l’incompétence.
 
Surtout que certains n’y vont pas de main morte : « Cette journaliste est incompétente!» «C’est inacceptable que des journalistes fassent d’aussi grosses fautes sur un site web connu! ».  D’autres, plus diplomates, m’écrivent en privé pour que je puisse corriger l’erreur en douce.
 
Mais peu importe la manière dont la faute de français m’est rapportée, je n’ai qu’une seule manière d’y répondre :
 
« Merci! Je vais la corriger immédiatement.»
 
Je n’ai pas à me justifier, ni à m’excuser sans fin. J’ai peut-être commis une erreur, parce que j’étais débordée, fatiguée ou stressée. Par contre, si j’ai un réel problème en grammaire, en orthographe ou en ponctuation, je dois y remédier ou être plus attentive la prochaine fois.
 
Alors, si j’étais enseignante et qu’un parent me disait avoir vu une ou des fautes de français dans une communication écrite, je ne dirais pas :
 
« Je sens que vous n’avez pas confiance en mes compétences. »
 
« Je n’ose plus communiquer avec les parents. Je me sens surveillée. »
 
« Parfait! Je n’écrirai plus dans l’agenda de votre enfant. »
 
Je répondrais :
 
« Merci! Je vais la corriger immédiatement.»
 
Le soir venu, j’ouvrirais une bonne bouteille de rouge pour panser les plaies de mon petit ego écorché, comme le font les auteurs et les journalistes, quand ils se font ramasser par la critique ou les lecteurs.
 
Cette année encore, je vais offrir quelques bouteilles de vin aux enseignants de mes enfants pour les remercier. Mais j’avoue que je vais m’en acheter une au passage.
 
À la bonne vôtre! 
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Parent-roi à la une: des explications

Dans l’article du Devoir, je porte la couronne. Cela se voulait de l’autodérision. Pour que d’autres parents-rois se reconnaissent et prennent conscience de la longueur de leur bras. Pour que l’on puisse mettre un visage plus humain sur cette génération de parents que les médias dépeignent toujours si négativement et ouvrir le dialogue avec les enseignants.


Preuve que je ne suis pas une vraie reine, la mise en scène, avec la couronne et le père à l’écart, a été décidée par le photographe. On n’était pas d’accord, mais on n’a rien dit. De vrais valets.


Je me définis comme un parent-roi, en comparaison aux parents des générations précédentes qui n’intervenaient pas, ou presque, dans l’éducation de leurs enfants. Mais dans les faits, je suis un parent de la génération X et pour les enseignantes de mes filles, un bon parent tout simplement.


Je suis un parent-roi qui ne dérange pas trop l’école, parce que mes valeurs sont compatibles avec celles du système de l’éducation. J’ai l’éducation à cœur et, la plupart du temps, je laisse les enseignants faire leur travail. Par contre, contrairement aux parents d’il y a 25 ans, mon conjoint et moi croyons que c’est à nous de voir à l’éducation de nos enfants. Le goût de la lecture, la curiosité et la culture générale, pour nous, c’est à la maison que ça se passe.


Quand mon aînée était en première année, je me faisais une joie de participer à la vie de son école. J’accompagnais les enfants aux sorties scolaires, je suggérais des livres, des conférenciers et des activités éducatives à son enseignante. Avec le recul, cela ne devait pas être facile pour elle de gérer mon enthousiasme. D’autant plus que je n’étais pas la seule qui «voulait trop » participer. Un parent qui suggère des trucs et qui a des idées, c’est bien. Trente, c’est lourd. Mais nous, les parents, on ne le réalise pas toujours.


Si quelque chose ne va pas avec mon enfant, je n’hésite pas à communiquer avec la direction de l’école. Par écrit. C’est mon métier d’écrire. Alors entre un courriel, l’agenda de mon enfant ou le téléphone, le choix est vite fait. En dix ans, j’ai dû écrire à l’école deux fois. Cela me semble acceptable, mais parions que ces courriels ont fait jaser dans la salle des profs.


À la maison, par contre, j’agis en souveraine un peu plus souvent. Je n’en suis pas fière, mais c’est la réalité. Par exemple, si l’enseignante écrit « jeudi, le 24 septembre », j’exige que ma fille écrive «le jeudi 24 septembre ». Elle peut m’obstiner des heures que ce n’est pas comme ça que madame machin l’écrit, je lui répète que je veux que ce soit écrit correctement, pas l’opinion de madame machin.


Reprendre l’enseignante devant nos enfants, même à la maison, c’est agir de la même manière que le parent qui dit « ton enseignante exagère, ne fais pas ce travail débile ». On se place en position de supériorité, ce qui fait perdre de la crédibilité à l’école aux yeux de notre enfant. Je sais que ce n’est pas correct, mais mon conjoint et moi sommes incapables de laisser passer une erreur, qu’elle soit en histoire, en français ou en mathématiques. Aller souligner la faute à l’enseignante? Hors de question. J’ai déjà encerclé les fautes dans les questions d’un examen de mon enfant et cela n’a rien apporté de bon, sinon nuire à ma relation avec l’enseignante. Mon objectif n’est pas d’embarrasser qui que ce soit, mais que mes filles écrivent correctement.


Il m’arrive encore de corriger quelques fautes de français devant mes enfants, mais je n’agis plus en parent-roi. Je ne vais plus jamais à l’école. Pas que je sois guérie, mais je n’ai plus le temps. Je me surprends à manquer certaines rencontres de parents et j’oublie même de signer les examens de mes filles. Avec quatre enfants, la microgestion est devenue impossible. Et vous savez? Mes enfants ne s’en portent pas plus mal!


Ma définition d’un parent-roi n’est pas celle d’un mauvais parent. Le parent-roi est interventionniste. Il intervient parfois trop, inutilement ou maladroitement. Il intervient quand il juge qu’il le faut, mais son jugement n’est pas toujours bon. Si les parents que nous sommes sont considérés comme des petits monarques par l’école, je crois que la direction devrait mettre ses culottes, donner des directives claires et imposer des sanctions aux parents qui abusent.



Je vous laisse sur la confidence d’une éducatrice, qui m’a fait sourire hier : les pires parents-rois sont souvent des parents enseignants. Eh bien. 

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Travail autonome: apprivoiser la solitude

C’est dans une maison qu’on est seule. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Marguerite Duras. Parce que la solitude, Marguerite, elle connaissait. Elle était écrivaine.

Mon métier est différent. Mais quand Marguerite parle de la perdition de soi dans la maison, je sais. Je sais l’ennui et la folie qui me guettent. Livrée à moi-même, sans collègue, ni patron, le délire personnel devient inévitable.

Je m’égare. Dans une pensée. Un livre. Le frigo. Les réseaux sociaux.

J’expérimente mes états émotifs du moment. Il fait soleil? Je prends une pause et je chante I’m yours à tue-tête. Je retrouve mon vieux rouge à lèvres rose vermillon et je m’égosille en hurlant I wanna be the one to walk in the sun, OOOh Girls, They wanna have fun!

J’écris un papier sur l’exfoliation et là, révélation : j’ai les pores complètement obstrués. L’heure du lunch devient salutaire pour mon teint. J’en profite pour éliminer toutes les peaux mortes de mon visage. Du coup, j’évince la solitude. Je suis exfoliée!

D’une manière ou d’une autre, tous ces égarements finissent par nourrir mon travail. Le temps passé à me couper une frange de cheveux agaçante ou relire de larges extraits de John Irving libère ma créativité. Je pourrais profiter de l’heure du dîner pour faire un peu de lessive ou commencer la préparation du repas, mais mon travail serait beaucoup moins productif. Vrai de vrai.

La solitude à la maison n’est pas une solitude ordinaire. C’est être seule malgré les autres. Malgré leur désordre et parfois même, leur présence. Si au début, on travaille malgré autrui, on apprend vite à faire avec. Avec la vaisselle sale, les enfants et le robinet qui fuit. Pour m’encourager, je me répète un truc du genre : « Je suis dans ce monde, mais pas de ce monde ». Une professionnelle dans un environnement peuplé de jouets et de traîneries. A fish out of water.

Travailler en solo, c’est aussi rêver à travers ma seule fenêtre sur le monde. Je rêve aux amis, aux collègues et autres collaborateurs via des interfaces. Même la nuit. La photo d’untel me recommande un truc sur Facebook et je parle avec tel autre sur Skype. Mes rêves nocturnes sont faits de lumière cathodique.

L’ermite professionnel que je suis a perdu tous ses repères extérieurs. La rencontre d’équipe, l’entrevue et la conférence sont maintenant de véritables courses à obstacles. Comment être à la fois chic, tendance et décontractée? Coiffure, épilation, maquillage, chaussures, sac à main. Tout est à faire. Même la voiture n’est pas en ordre, ni assez propre pour sortir!

Mais alors pourquoi  travailler à la maison? Pourquoi choisir la solitude? Parce que la solitude, c’est perdre ses repères extérieurs au profit de ceux qui nous sont propres. Parce que s’égarer dans une pensée, un livre, une chanson, une idée, ce n’est pas être vraiment seule. C’est être avec soi-même.
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Le droit de rêver

D’un point de vue gestionnaire, les revendications des étudiants ne tiennent pas la route. L’augmentation, à terme, de 1 625$ par année est raisonnable et les conséquences financières d’une session d’études perdue sont beaucoup plus dramatiques que l’endettement supplémentaire causé par la hausse des frais de scolarité. Quand on y pense, le report d’un diplôme retarde d’un an l’entrée des jeunes sur le marché du travail et entraîne non seulement l’endettement d’une année d’études supplémentaire, mais aussi la perte d’une année de salaire complète.

Ma génération raisonne ainsi.

Jeunes nous calculions déjà tout. Si, dans leur jeunesse, nos parents voulaient un pays pour la survivance de notre langue et de notre culture, nous, les jeunes X, le rêvions comme un mode de gestion.

Aujourd’hui, nous voilà devant une génération qui ne calcule pas, ou à tout le moins, pas de la même manière. Le devenir qu’elle propose n’est pas tant fondé sur des colonnes de chiffres, que sur la solidarité, la justice, la coopération et l’égalité.

Les jeunes revendiquent le droit de rêver l’État et sont manifestement prêts à alourdir leur endettement personnel pour y arriver. Pour emprunter les mots de Riccardo Petrella dans Désir d’humanité, ils « sortent du champ de liberté limité dans lequel la culture gestionnaire sous-jacente à la politique du possible veut les enfermer ». Ils sortent du cynisme politique ambiant et affichent une ambition idéologique pour le Québec.

Vous vous dites que la gratuité scolaire est une utopie que le Québec n’a plus les moyens d’entretenir? Peut-être, mais comme le dit si bien Petrella, on ne peut pas stériliser le rêve en le réduisant au « rêve du possible ».

Bloquer la hausse des frais de scolarité, c’est se redonner le droit de rêver le Nous. C’est participer à une synergie de tous les rêveurs, comme il ne nous a pas été donné d’en vivre depuis trop longtemps.

Ni la gauche, ni la droite ne disent plus au pays ce à quoi il a encore le droit de rêver, ce à quoi il pourrait aspirer, ni comment il pourrait mieux répartir ses richesses, disait Jacques Attali dans La Voie humaine. Orphelins d’un idéal marxiste ou libéral, les jeunes réinvestissent l’espace public et découvrent la force de l’action collective. Ils reprennent ce même rêve d’une société plus juste et équitable, qui a poussé tant de politiciens actuels dans l’arène.

Les jeunes découvrent la force du rêve.

Que l’on soit de droite ou de gauche, le dégel des frais de scolarité serait une grave erreur. Leur refuser le droit de rêver est un luxe que le Québec ne peut pas se payer.

Bloquons la hausse.

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Se faire voir ailleurs


Madame Unetelle blogue aussi pour Coup de Pouce. Quand je n’y suis pas, c’est que je suis ici.


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Réflexion autour d’une coupe

Juste avant mes vacances, une collègue de travail m’a posé une question qui m’a tourmentée des jours durant. Les deux pieds dans le sable, je m’interrogeais toujours: l’épinglette qui vient avec la jolie pochette de la Diva Cup, c’est pour qui et surtout pour quoi?

J’insère ici une note de bas de page : nous les femmes, n’accordons aucune attention à la structure d’une conversation. Nous pouvons passer du dernier rapport trimestriel, au vomit du petit dernier dans la même phrase, sans même la terminer ou en la chevauchant d’un «Wow! C’est génial ta nouvelle coiffure! ». Alors parler de coupe menstruelle entre deux dossiers n’a rien d’exceptionnel.

Donc, si comme moi vous mourrez d’envie de porter ce petit bijou, vous devez savoir qu’il s’agit d’une épinglette décalée. Elle flirte avec l’absurde tout en étant intrinsèquement plausible. Peu importe avec quoi vous la portez, elle interpelle et surprend. À vous de jouer!

Hermétique Avec un jeans, un t-shirt en chanvre et des cheveux courts, elle fera de vous une éco-féministe-fondamentaliste. Menstruée et fière de l’être, vous serez probablement l’unique membre du parti « Les vertes contre le viol collectif de la planète »!

Pédagogique Avec un tailleur classique, les cheveux relevés, elle vous transformera en conseillère Diva Cup. Avec un peu d’ambition, vous ferez vite partie du club des Diamants de votre territoire et ferez des démonstrations à domicile.

Informative Avec quelques rides et un ventilateur, elle déclarera officiellement votre ménopause. Comme l’écriteau « Gare au chien », l’épinglette dira à vos collègues : « Attention, humeur de Diva! »

Déclarative Avec un look négligé, une queue de cheval rachitique et des sandales Crocs aux pieds, elle dira tout simplement : « Pas ce soir chéri! »

Branchée. À la boutonnière de votre chéri, il s’agira d’un statement. Il croira qu’elle dit : « c’est plus qu’une coupe, c’est un mode de vie », mais tous sauront qu’ils auront affaire à un« créatif du Mile End ».

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Coupez ce sein que je ne saurai voir

Payer pour des vêtements ou des jouets commerciaux m’ennuie toujours un peu. Pas que je sois contre ce type de bébelles, mais je préfère la sensation de supériorité morale que me procure l’achat d’un jeu éducatif, d’un casse-tête, d’un livre ou d’un abonnement aux magazines de Bayard Jeunesse.

Mais comme dans la notion de cadeau, il y a aussi l’idée de faire plaisir à l’autre, je cède parfois aux demandes de jouets roses bonbons de mes filles. Et les ventes-débarras sont toutes désignées pour leur permettre de vivre leurs archétypes, sans compromettre ma capacité à payer les études et les psychologues qu’elles auront besoin pour s’en affranchir.

Alors que je faisais le plein de costumes de princesses et de pouliches bon marché, je suis tombée sur une série de poupées Barbie mutilées, aux seins minutieusement coupés et sablés. La femme qui les vendait avait-elle eu peur que Barbie conditionne le rapport de sa fille à la beauté et au corps? Avec ces silhouettes de plastique imparfaites, croyait-elle porter assistance à personne en danger moral?

La situation était si inédite que je n’ai pu m’empêcher d’en acheter quelques-unes, feignant d’être tombée sur une mère qui avait du jugement, trop heureuse que l’intelligence triomphe enfin de la bêtise

- Quelle chance! Je n’aurai pas besoin de leur enlever les seins, c’est déjà fait!

On est toujours l’imbécile de quelqu’un. À voir son sourire forcé, je savais que j’étais la sienne. J’en avais trop mis. Dommage. La suite aurait été plus intense. Quelle est votre technique? Le bistouri, le rabot ou la hache? Personnellement, je préfère la râpe à fromage.

Femme objet ou poupée féministe, Barbie donne bien du fil à retorde aux parents qui visent une éducation intellectuelle et émotionnelle parfaite pour leur fille. Pourtant, la vie des enfants n’est pas si compliquée. À la maison, personne n’a remarqué la déficience mammaire des nouvelles poupées. Par contre, si elles avaient pu écarter les jambes, les sorties au ranch auraient été tellement plus intéressantes.

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