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La collation scolaire version 2.0

Dans le premier numéro de la toute nouvelle revue Véro, je signe une chronique sur le parent-roi au côté de mon amie, Julie Philippon.

Pour coller à la commande, j’ai accepté de prendre une position sur le sujet —la pensée dualiste est dans l’air du temps et les médias aiment polariser les opinions pour soulever le débat. Pour avoir voix au chapitre, je me plie donc aux règles du jeu.

Or, je crois qu’il est inutile de chercher à qui la faute dans le dysfonctionnement actuel du système de l’éducation. La société s’est complexifiée et c’est un peu tout le monde qui en fait les frais : les enseignants, les parents et même les enfants!

L’espace d’un instant, imaginons ce que dirait grand-mère, née en 1910, d’une rencontre de parents d’élèves du préscolaire.

L’enseignante :

- En classe, seuls les fruits, les légumes et les produits laitiers sont acceptés.  Par exemple, si vous donnez une pomme, elle doit être coupée en morceaux et mise dans un sac Ziploc, bien identifié au nom de votre enfant.

Un parent méticuleux :

-      Si la marque du sac n’est pas Ziploc, est-ce que c’est correct?

L’enseignante :

-      La marque importe peu, mais le sac doit s’ouvrir et se fermer aisément et toujours être identifié au nom de l’enfant.

Un parent pas compliqué, mais interventionniste :

-      Mais pourquoi ne pas glisser une pomme dans le sac de mon enfant, comme autrefois?

L’enseignante :

-      Il n’est pas nécessaire que la pomme soit coupée, mais c’est préférable. Les enfants n’ont pas beaucoup de temps pour  la collation et c’est difficile pour eux de manger une pomme entière ou d’éplucher un fruit.  L’important, c’est de bien identifier la collation dans un Ziploc, parce qu’elle est mise dans un panier collectif dès l’entrée des élèves en classe.

Un parent radin :

-      Si mon enfant n’a pas terminé sa collation, est-ce qu’il peut ramener les restes dans son Ziploc à la maison?

L’enseignante :

-      C’est comme vous le voulez, mais pour éviter les restes, il est préférable de couper le fruit. Mais sans Ziploc, l’enfant doit jeter le reste de sa pomme.

Un parent vert :

-      Mais ce n’est pas écologique! Est-ce que je peux prendre un sac en nylon ou écrire le nom de mon enfant sur la pelure de la banane ou de l’orange, par exemple?

L’enseignante :

-      Oui, mais l’enfant doit être capable d’éplucher sa banane ou son orange. Sinon, il n’aura pas le temps de la manger.

Un parent imaginatif :

-      Une compote de pommes, c’est un fruit. Est-ce que mon enfant a le droit d’en apporter?

L’enseignante :

-      Il a le droit, mais il faut insérer le pot et la cuillère dans un sac bien identifié.

Un parent qui n’a pas de vie :

-      De la compote, c’est aussi long à manger qu’une orange… je ne comprends pas. Et si mon enfant n’est pas capable d’ouvrir son pot, est-ce que vous pourrez l’aider?

Et ainsi de suite.

Que dirait grand-mère?

C’est quoi cette société où on n’a même plus le temps de manger une pomme? Et puis, pourquoi une collation en classe? Les enfants ne peuvent pas attendre le dîner? Ils ne mourront pas! L’école est donc ben compliquée! Et les parents qui en rajoutent! Le monde est devenu fou!