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Lutins de Noël: les questions pièges

1. « Pourquoi il y a des lutins à vendre dans les magasins? » Les lutins de Noël, c’est comme la viande. Quand on n’a pas le temps ou le talent pour chasser, on l’achète chez le boucher.

2. « Les lutins qu’ils vendent dans des boîtes, ce sont des vrais? » Ce sont des lutins d’élevage. Ils n’ont pas grandi en liberté au pôle Nord et sont un peu moins vigoureux et coquins que les autres. Cela permet aux commerçants d’en vendre plus. Ils coûtent moins cher et les tout-petits ne voient pas la différence.

3. « Les lutins ne sont pas tous pareils. Est-ce qu’ils sont tous vrais? » Les éléphants et les chats ne sont pas pareils. Pourtant, ce sont tous des animaux. Oui, ce sont tous des vrais.

4. « J’ai une amie qui a quatre lutins. Moi aussi, j’en veux plein. » Ta cousine a six animaux de compagnie et nous aucun. C’est à chaque famille de mettre ses limites et les nôtres sont atteintes.

5. « Il n’y a presque pas de lutins filles. Pourquoi? » Les filles sont très difficiles à attraper. Demande à papa, il va te dire que c’est vrai.

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La collation scolaire version 2.0

Dans le premier numéro de la toute nouvelle revue Véro, je signe une chronique sur le parent-roi au côté de mon amie, Julie Philippon.

Pour coller à la commande, j’ai accepté de prendre une position sur le sujet —la pensée dualiste est dans l’air du temps et les médias aiment polariser les opinions pour soulever le débat. Pour avoir voix au chapitre, je me plie donc aux règles du jeu.

Or, je crois qu’il est inutile de chercher à qui la faute dans le dysfonctionnement actuel du système de l’éducation. La société s’est complexifiée et c’est un peu tout le monde qui en fait les frais : les enseignants, les parents et même les enfants!

L’espace d’un instant, imaginons ce que dirait grand-mère, née en 1910, d’une rencontre de parents d’élèves du préscolaire.

L’enseignante :

- En classe, seuls les fruits, les légumes et les produits laitiers sont acceptés.  Par exemple, si vous donnez une pomme, elle doit être coupée en morceaux et mise dans un sac Ziploc, bien identifié au nom de votre enfant.

Un parent méticuleux :

-      Si la marque du sac n’est pas Ziploc, est-ce que c’est correct?

L’enseignante :

-      La marque importe peu, mais le sac doit s’ouvrir et se fermer aisément et toujours être identifié au nom de l’enfant.

Un parent pas compliqué, mais interventionniste :

-      Mais pourquoi ne pas glisser une pomme dans le sac de mon enfant, comme autrefois?

L’enseignante :

-      Il n’est pas nécessaire que la pomme soit coupée, mais c’est préférable. Les enfants n’ont pas beaucoup de temps pour  la collation et c’est difficile pour eux de manger une pomme entière ou d’éplucher un fruit.  L’important, c’est de bien identifier la collation dans un Ziploc, parce qu’elle est mise dans un panier collectif dès l’entrée des élèves en classe.

Un parent radin :

-      Si mon enfant n’a pas terminé sa collation, est-ce qu’il peut ramener les restes dans son Ziploc à la maison?

L’enseignante :

-      C’est comme vous le voulez, mais pour éviter les restes, il est préférable de couper le fruit. Mais sans Ziploc, l’enfant doit jeter le reste de sa pomme.

Un parent vert :

-      Mais ce n’est pas écologique! Est-ce que je peux prendre un sac en nylon ou écrire le nom de mon enfant sur la pelure de la banane ou de l’orange, par exemple?

L’enseignante :

-      Oui, mais l’enfant doit être capable d’éplucher sa banane ou son orange. Sinon, il n’aura pas le temps de la manger.

Un parent imaginatif :

-      Une compote de pommes, c’est un fruit. Est-ce que mon enfant a le droit d’en apporter?

L’enseignante :

-      Il a le droit, mais il faut insérer le pot et la cuillère dans un sac bien identifié.

Un parent qui n’a pas de vie :

-      De la compote, c’est aussi long à manger qu’une orange… je ne comprends pas. Et si mon enfant n’est pas capable d’ouvrir son pot, est-ce que vous pourrez l’aider?

Et ainsi de suite.

Que dirait grand-mère?

C’est quoi cette société où on n’a même plus le temps de manger une pomme? Et puis, pourquoi une collation en classe? Les enfants ne peuvent pas attendre le dîner? Ils ne mourront pas! L’école est donc ben compliquée! Et les parents qui en rajoutent! Le monde est devenu fou!

De la gardienne à antennes à Mario

En garderie, la causerie du lundi matin est un moment d’échange important pour développer le langage et l’expression des émotions des enfants. L’éducatrice leur demande ce qu’ils ont mangé, fait, écouté ou visité pendant la fin de semaine.

J’imagine très bien ma fille de trois ans partager ses aventures au groupe :

- J’ai visité un pays, hier. Le troisième pays.

- Tu veux dire que tu as visité trois pays? rectifierait l’éducatrice.

- Oui. Il y avait des montages, mais je n’ai pas réussi à voir les lacs.

- C’était loin ton pays? Parce que c’était peut-être une ville. Tu y es allée avec papa et maman?

- Non, avec Mario.

Mario, comme dans Super Mario Bros.

À une autre époque, elle aurait probablement dit avoir joué avec sa mini console de jeux. Mais en 2013, elle a visité un « nouveau pays », celui qu’elle rêvait de voir depuis des semaines!

Si la gardienne à antennes a été bien pratique pour ma mère, lors de la préparation des repas, sa version sans-fil, avec ces mille et un jeux interactifs, transporte mes enfants dans un monde virtuel de plus en plus réel.

- Regarde, maman comme je suis bonne au tennis! m’a lancé ma grande, télécommande/raquette à la main, en 2008.

- T’es bonne au jeu vidéo, ai-je senti le besoin de préciser, pas au tennis.

- Ah! C’est pareil! Je veux m’inscrire à l’activité de tennis de l’école après les fêtes! J’aime trop ça!

Mais quand est venu le temps de l’inscrire à l’activité, le groupe était déjà complet.

- Je ne comprends pas, m’a avoué la responsable des activités parascolaires. Habituellement, on réussit de peine et de misère à former un groupe.

- Les enfants doivent être nombreux à avoir reçu une console de jeux à Noël.

- Vous croyez? Ils seront déçus de réaliser que le tennis est un sport difficile.

Pour être déçus, ils l’ont été. Aucun groupe n’a été formé l’année suivante.

Un jour, une sociologue m’a dit que les jouets ont toujours un caractère politique, sociologique et culturel, qui prépare les enfants à devenir les adultes de leur future société.

Quand on y pense, ma belle mère, née en 1929, a vécu pendant les belles années de l’industrie de l’automobile. La voiture a fait son entrée dans les familles québécoises, alors qu’elle était toute petite. Elle adorait faire un « tour de char » en famille et les automobiles l’ont fascinée toute sa vie. Elle aimait en parler, les laver et les magasiner. Elle photographiait même ses nouvelles acquisitions. Pour elle, la voiture était plus qu’un moyen de transport. C’était un moyen d’expression de soi et un symbole de réussite sociale.

Mes parents, des baby-boomers, ont été la seule génération d’enfants à vivre l’arrivée de la télévision. Encore aujourd’hui, celle-ci occupe une place importante dans leur vie. Pour cette génération, « passer à la télé » c’est la consécration : « Tu as vu? La petite-nièce de matante Gertrude est passée à l’émission de machin l’autre jour? » Ils aiment voir les nouvelles, entendre les vedettes dans les talk-shows et possèdent toujours la coupole ou le terminal de câblo dernier cri. Les enfants de la télé, c’était eux.

Ma génération, les X et les Y, a grandi avec l’ordinateur, les jeux vidéo et l’Internet. Je nous entends encore parler de marques et de composantes, comme les autres générations ont parlé des vedettes ou des voitures: Pentium, Dell, Mac, carte graphique, mémoire vive, micro-processeur, haute vitesse, Playstation, Nintendo, etc. L’industrie de l’informatique et la fameuse société de l’information, c’est nous.

Mais à quel type de société, le simulacre des jeux de nos enfants les prépare-t-il?

Après la société de consommation, des communications et de l’information, leur société sera peut-être celle de la simulation? Une société où ils achèteront des maisons, se marieront et iront en voyage dans des univers simulés, loin des dangers et des maladies?

Qui vivra verra!

La garderie en noir et blanc

Choisir une garderie et choisir le prochain gouvernement, même combat.

On a peu d’options, aucune ne rencontre l’ensemble de nos critères et quand notre choix est fait, notre confiance n’est jamais absolue.

C’est dans ce climat de compromissions que nous avons trouvé la garderie de notre troisième fille. L’endroit était propre et sécuritaire, tandis que l’éducatrice, charmante et affectueuse, y servait de bons petits plats faits maison.

Fait étrange: il n’y avait aucun jouet commercial ou téléviseur.

Bah, se disait-on. Il s’agit probablement d’une éducatrice intellectuelle ou d’une adepte de la simplicité volontaire!

Dans un cas, comme dans l’autre, nous étions séduits par cet endroit aux couleurs d’autrefois. Une garderie couleur sépia, c’était tout simplement charmant! Une éducation où le regard n’allait pas être distrait par la couleur, cela ne pouvait être qu’une belle aventure!

Ce qu’on ne savait pas, c’est que la couleur sépia se détériore rapidement à la lumière vive.

Les enfants n’ont pas fêté l’Halloween, ni Noël. Pas de bricolage, de chanson ou de déguisement thématique. Et comme l’éducatrice gardait aussi ses propres garçons, à qui elle refusait toute médication, notre fille a été malade pendant les trois mois où elle a fréquenté l’endroit.

Aux hasards d’une conversation entre parents, nous avons fini par apprendre que l’éducatrice était Témoin de Jéhovah.

Quand il y a un crucifix dans l’entrée ou que les éducatrices portent le voile, on sait que l’éducation de notre enfant risque d’être biaisée par une religion quelconque. Mais sans signe religieux pour nous mettre la puce à l’oreille, comment fait-on?

L’éducatrice a tout avoué et nous avons retiré notre fille de son service de garde. Avons-nous fait preuve de discrimination, été racistes ou fermés d’esprit? Peut-être. Ou peut-être pas. Mais on a fait un choix.

Signes ostentatoires ou non, on ne pourra jamais empêcher les gens de choisir. Chez nous, la question n’était pas de savoir si une éducatrice voilée, témoin de Jéhovah ou catholique pratiquante pouvait être compétente. Elles le sont autant que les autres, sans aucun doute. Mais parmi les critères que nous avons établis pour choisir une garderie ou une école, la laïcité était non négociable.