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Lutins de Noël: les questions pièges

1. « Pourquoi il y a des lutins à vendre dans les magasins? » Les lutins de Noël, c’est comme la viande. Quand on n’a pas le temps ou le talent pour chasser, on l’achète chez le boucher.

2. « Les lutins qu’ils vendent dans des boîtes, ce sont des vrais? » Ce sont des lutins d’élevage. Ils n’ont pas grandi en liberté au pôle Nord et sont un peu moins vigoureux et coquins que les autres. Cela permet aux commerçants d’en vendre plus. Ils coûtent moins cher et les tout-petits ne voient pas la différence.

3. « Les lutins ne sont pas tous pareils. Est-ce qu’ils sont tous vrais? » Les éléphants et les chats ne sont pas pareils. Pourtant, ce sont tous des animaux. Oui, ce sont tous des vrais.

4. « J’ai une amie qui a quatre lutins. Moi aussi, j’en veux plein. » Ta cousine a six animaux de compagnie et nous aucun. C’est à chaque famille de mettre ses limites et les nôtres sont atteintes.

5. « Il n’y a presque pas de lutins filles. Pourquoi? » Les filles sont très difficiles à attraper. Demande à papa, il va te dire que c’est vrai.

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De la gardienne à antennes à Mario

En garderie, la causerie du lundi matin est un moment d’échange important pour développer le langage et l’expression des émotions des enfants. L’éducatrice leur demande ce qu’ils ont mangé, fait, écouté ou visité pendant la fin de semaine.

J’imagine très bien ma fille de trois ans partager ses aventures au groupe :

- J’ai visité un pays, hier. Le troisième pays.

- Tu veux dire que tu as visité trois pays? rectifierait l’éducatrice.

- Oui. Il y avait des montages, mais je n’ai pas réussi à voir les lacs.

- C’était loin ton pays? Parce que c’était peut-être une ville. Tu y es allée avec papa et maman?

- Non, avec Mario.

Mario, comme dans Super Mario Bros.

À une autre époque, elle aurait probablement dit avoir joué avec sa mini console de jeux. Mais en 2013, elle a visité un « nouveau pays », celui qu’elle rêvait de voir depuis des semaines!

Si la gardienne à antennes a été bien pratique pour ma mère, lors de la préparation des repas, sa version sans-fil, avec ces mille et un jeux interactifs, transporte mes enfants dans un monde virtuel de plus en plus réel.

- Regarde, maman comme je suis bonne au tennis! m’a lancé ma grande, télécommande/raquette à la main, en 2008.

- T’es bonne au jeu vidéo, ai-je senti le besoin de préciser, pas au tennis.

- Ah! C’est pareil! Je veux m’inscrire à l’activité de tennis de l’école après les fêtes! J’aime trop ça!

Mais quand est venu le temps de l’inscrire à l’activité, le groupe était déjà complet.

- Je ne comprends pas, m’a avoué la responsable des activités parascolaires. Habituellement, on réussit de peine et de misère à former un groupe.

- Les enfants doivent être nombreux à avoir reçu une console de jeux à Noël.

- Vous croyez? Ils seront déçus de réaliser que le tennis est un sport difficile.

Pour être déçus, ils l’ont été. Aucun groupe n’a été formé l’année suivante.

Un jour, une sociologue m’a dit que les jouets ont toujours un caractère politique, sociologique et culturel, qui prépare les enfants à devenir les adultes de leur future société.

Quand on y pense, ma belle mère, née en 1929, a vécu pendant les belles années de l’industrie de l’automobile. La voiture a fait son entrée dans les familles québécoises, alors qu’elle était toute petite. Elle adorait faire un « tour de char » en famille et les automobiles l’ont fascinée toute sa vie. Elle aimait en parler, les laver et les magasiner. Elle photographiait même ses nouvelles acquisitions. Pour elle, la voiture était plus qu’un moyen de transport. C’était un moyen d’expression de soi et un symbole de réussite sociale.

Mes parents, des baby-boomers, ont été la seule génération d’enfants à vivre l’arrivée de la télévision. Encore aujourd’hui, celle-ci occupe une place importante dans leur vie. Pour cette génération, « passer à la télé » c’est la consécration : « Tu as vu? La petite-nièce de matante Gertrude est passée à l’émission de machin l’autre jour? » Ils aiment voir les nouvelles, entendre les vedettes dans les talk-shows et possèdent toujours la coupole ou le terminal de câblo dernier cri. Les enfants de la télé, c’était eux.

Ma génération, les X et les Y, a grandi avec l’ordinateur, les jeux vidéo et l’Internet. Je nous entends encore parler de marques et de composantes, comme les autres générations ont parlé des vedettes ou des voitures: Pentium, Dell, Mac, carte graphique, mémoire vive, micro-processeur, haute vitesse, Playstation, Nintendo, etc. L’industrie de l’informatique et la fameuse société de l’information, c’est nous.

Mais à quel type de société, le simulacre des jeux de nos enfants les prépare-t-il?

Après la société de consommation, des communications et de l’information, leur société sera peut-être celle de la simulation? Une société où ils achèteront des maisons, se marieront et iront en voyage dans des univers simulés, loin des dangers et des maladies?

Qui vivra verra!