Ma vie est une série bip

Lynn Langlois

21,91 US$

Résumé

Dans ce récit percutant, Lynn Langlois raconte sa vie, le trouble bipolaire qui l’affecte et le combat qu’elle mène depuis 30 ans pour essayer de rester sur la planète.

Extrait de la préface de Nancy Huston :
Ce qui angoisse les spécialistes, qu’ils soient théologiens ou psychiatres, c’est que les choses soient floues, mouvantes, changeantes et liées, en interaction constante. Ce qui les rassure, c’est de les séparer. […] Voici un livre étonnant, un livre totalement unique, le livre d’une « sonneuse d’alarme », aussi courageuse dans le domaine de la psychiatrie contemporaine qu’Edward Snowden dans celui de la surveillance électronique.

Lynn Langlois

Lynn Langlois est née en février 1964 dans une Abitibi frigorifiée. Elle a étudié en art, en théâtre et en didactique....

Lynn Langlois est née en février 1964 dans une Abitibi frigorifiée. Elle a étudié en art, en théâtre et en didactique. Amoureuse des enfants, elle a...

Lynn Langlois est née en février 1964 dans une Abitibi frigorifiée. Elle a étudié en art, en théâtre et en didactique. Amoureuse des enfants, elle a été professeure d’art...

Lynn Langlois est née en février 1964 dans une Abitibi frigorifiée. Elle a étudié en art, en théâtre et en didactique. Amoureuse des enfants, elle a été professeure d’art dramatique et de danse au secondaire, puis enseignante au primaire. En 2007, elle a dû abandonner sa carrière à cause de sa maladie. Depuis, elle s’adonne en secret à l’écriture tout en prenant soin de sa...

Lynn Langlois est née en février 1964 dans une Abitibi frigorifiée. Elle a étudié en art, en théâtre et en didactique. Amoureuse des enfants, elle a été professeure d’art dramatique et de danse au secondaire, puis enseignante au primaire. En 2007, elle a dû abandonner sa carrière à cause de sa maladie. Depuis, elle...

Lynn Langlois est née en février 1964 dans une Abitibi frigorifiée. Elle a étudié en art, en théâtre et en didactique. Amoureuse des enfants, elle a été professeure d’art dramatique et de danse au secondaire, puis enseignante au primaire. En 2007, elle a dû abandonner sa carrière à cause de sa maladie. Depuis, elle s’adonne en secret à l’écriture tout en prenant soin de sa santé. En...

Extrait

Encore une fois. Encore une fois comme si c’était la première. Le
tambour de mon coeur explosé, sans merci, m’assène uppercuts,
directs et crochets. Le centre de mon corps, le rayonnement d’un
long gémissement. Je serre les dents. J’accuse les coups. J’ai envie
de vomir. Je ferme les poings. Assume ! Je marche. Je marche d’un
bon pas pour ne pas perdre mon objectif de vue. J’ai un rendez-vous
avec ma directrice pour lui expliquer la situation. Une dernière
? Je repousse cette évidence. La honte du désengagement me
grafigne. Un escadron d’aiguilles m’attaque en traître pour s’abattre
entre mes deux omoplates. Les petits que j’abandonne, une évidence
coincée de travers dans le gorgoton. Si je laissais mes impulsions
me dominer, brusque demi-tour et course. Je courrais droit
devant jusqu’à l’épuisement. Tomber en pleine face et m’éteindre.
Mettre fin une fois pour toutes à ce calvaire. Mon cœur tressaute.
Se paye une arythmie sympathisant avec mon mode panique. Sa
pulsation s’accélère. Le respir me manque comme si, déjà, j’étais au
bout de mon sprint final. Je force mon inspiration. Je m’imagine
dragon. Je propulse cet air visant le bout du monde pour chasser
cette douleur qui me scie la poitrine. Inutile. Je ne vais pas pleurer.
Je ne pleure plus. J’éperonne ma monture. Je me mouche. Je crache.
On dirait qu’un poignard est planté là. Intolérable, mais ça ne
saigne pas. Si je saignais, ça ferait moins mal. Pas besoin de mots.
Ouvrir mon manteau suffirait. Peut-être qu’un bon coup de couteau,
un vrai, deux ou plus, terrasseraient ce mal, moi, tout ! Aussitôt,
je bannis ce fantasme. Je me l’interdis. J’ai mis des enfants au
monde. Je « toffe la run ». Je suis fourbue. Le diable est en moi. J’en
ai l’habitude. Je ne m’habitue pas.

Je marche penchée par en avant. Un peu à cause du poignard,
mais aussi parce qu’il fait un froid de loup. L’hiver me mord les
joues. Je fixe le sol raboteux malmené par les incessants gels et
dégels, mon capuchon rabattu sur mes yeux pour me protéger du
vent, mais surtout des regards. Je m’imagine invisible pour me
donner contenance. Foutaise ! J’ai à faire face aux autres, au monde !
Bon, pour tout de suite, à la directrice. Je serre les dents. Ensuite,
je pourrai m’évanouir. C’est fou comme je peux avoir la trouille.
De peur, je fais comme une prière, me sermonne, me stimule. C’est
une maladie comme une autre. C’est une maladie comme une
autre. « Comme une autre ? Tu veux rire ! » Je tressaille. Je parle
seule d’une voix de gargouille qui gargouille. Je m’en fiche que je
me dis. Je m’en fiche ! Mais je ne le pense pas. Je ne suis pas d’accord.
Mais c’est ça qui est ça. L’envers du décor entre en scène et
avec lui, la dépression.

Je suis confrontée à l’apitoiement de l’autre qui ne saisit pas.
Un billet du médecin. Ça doit être vrai. Alors, je me retrouve
encore en arrêt de travail. Cette aventure m’entraînera dans les
méandres du questionnement pour la ixième fois. Nous sommes
en février 2007. Cette année, elle me culbute plus vite qu’à l’ordinaire.
Mais ce pourrait être en mars ou en avril 1993, 1994, 1996…
et ma frustration de ne pas pouvoir vivre ma vie m’exhorte, chaque
fois, à rechercher les raisons même si j’en connais pertinemment la
cause. Je suis une bipolaire de type 2. Type 2 ? Oui. Les manies
euphorisantes et psychotiques du type 1, je ne connais pas. Dépenser
sans compter ! Me sentir investie d’un pouvoir d’invincibilité !
Partir sur une galère mirobolante sans queue ni tête ! Marcher
toute nue sur la ligne du milieu de la rue sans ressentir le froid à
moins vingt degrés ! The king of the world ! Ce n’est pas pour moi.
Je suis une type 2, du genre alternance entre hypomanie et dépression.
Hypomanie ? Hypomaniaque, je ne ressens pas la fatigue. Une
illusion ! Une énergie importante foisonne en moi. Je suis productive
et performante. Je n’ai pas faim ni sommeil. Si cet état perdure,
je deviens énervée et impatiente, soupe au lait et fébrile. L’hypomanie
me domine. Ce dynamisme ardent occupera mon corps jusqu’à
ce qu’il s’affaisse. Mon enveloppe corporelle, celle d’un grand guignol
déserté par le manipulateur surexcité aussitôt remplacé par
l’autre, d’une morosité pénible à incarner. Je vivoterai.

Je ne perds pas contact avec la réalité, ou du moins pas dans le
sens psychotique du terme, ni dans les high ni dans les down. Du
point de vue affectif, mon métabolisme ne fonctionne pas selon la
norme habituelle. Ma vie émotionnelle se colore soit d’une tristesse
persistante ou d’une allégresse qui persiste. Ces états s’installent
chez moi sans réelles raisons, à savoir des causes nettement identifiables.
Ce qui prête à confusion puisque tant que le chercheur
n’aura pas mis le doigt sur l’origine du bobo, la faute m’en incombe
même si je n’en suis pas directement responsable. – Je n’ai pas le
comportement approprié ; déclencheurs ; travaille trop ; les grossesses…
N’importe quoi. – Mon état change donc, disons « machinalement
», ce qui ne signifie pas que je ne me rende pas compte de
ce qui m’arrive. On pourrait parler de dérèglement de l’humeur
pour schématiser la chose. Humeur comme dans « état d’âme », car
mon tempérament et ma personnalité demeurent les mêmes. La
bipolarité est une maladie. Elle ne me rend ni meilleure ni pire que
je ne le suis en réalité. Je mange la claque, un point c’est tout. Ainsi,
je n’ai aucune expérience des manies dévastatrices, mais celle des
dépressions qui tuent.

Critiques

« On reçoit les écrits de Lynn Langlois en plein ventre […] Encore là, c’est d’une grande vérité, d’une grande franchise. »

Pascale WilhelmyRythme FM

« Ma vie est une série bip est superbement écrit. » 

Culture Hebdo
ISBN
Date de parution
Nombre de pages 376 p.
Dimensions 15,2 cm x 22,9 cm

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