La Rébellion tranquille

Une histoire du Bloc québécois (1990-2011)

Martine Tremblay

32,95 CAD$

Résumé

Martine Tremblay pose ici le premier regard global et indépendant sur l’histoire du Bloc québécois, de sa naissance, en 1990, jusqu’à sa débâcle aux élections de mai 2011, qui mettait fin à sa domination au Québec. C’est le livre d’une historienne. Il n’a pas pour fonction de plaider ou de convaincre, mais cherche simplement à décrire le mieux possible et à faire comprendre le déroulement des événements et les choix qui y ont présidé. Au terme d’une recherche exhaustive et d’entrevues effectuées avec quelque 70 personnes qui ont vécu de près les grandes années bloquistes, l’auteure constate que ce parti, qui s’est enraciné malgré lui, est globalement allé chercher le maximum de résultats que l’on peut attendre d’un parti d’opposition à Ottawa. S’il n’a pas gouverné, le Bloc québécois a néanmoins marqué de son empreinte la politique canadienne et québécoise pendant deux décennies. L’histoire du Bloc québécois, rappelle Martine Tremblay, demeure avant tout celle de deux hommes : Lucien Bouchard et Gilles Duceppe. Tous deux ont tour à tour imposé leur personnalité et leurs valeurs à la formation politique. L’auteure dresse de ces deux géants de la politique un portrait inédit, d’une rare lucidité.

Martine Tremblay

Martine Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec, où elle a occupé divers postes, dont...

Martine Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec, où elle a occupé divers postes, dont celui de directrice de...

Martine Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec, où elle a occupé divers postes, dont celui de directrice de Cabinet des premiers ministres René...

Martine Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec, où elle a occupé divers postes, dont celui de directrice de Cabinet des premiers ministres René Lévesque et Pierre Marc Johnson (1984-1985), celui de sous-ministre adjointe au ministère des Affaires culturelles (1985-1986), de sous-ministre au ministère de la Culture et des Communications (1995-1999)...

Martine Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec, où elle a occupé divers postes, dont celui de directrice de Cabinet des premiers ministres René Lévesque et Pierre Marc Johnson (1984-1985), celui de sous-ministre adjointe au ministère des Affaires culturelles (1985-1986), de sous-ministre au...

Martine Tremblay possède une vaste expérience de l’administration publique du Québec, où elle a occupé divers postes, dont celui de directrice de Cabinet des premiers ministres René Lévesque et Pierre Marc Johnson (1984-1985), celui de sous-ministre adjointe au ministère des Affaires culturelles (1985-1986), de sous-ministre au ministère de la Culture et des Communications (1995-1999) et de...

Extrait

Le lundi 21 mai, quand il se rend à Ottawa, sa lettre est déjà écrite. Sentant venir le coup, certains tentent de le dissuader de commettre le geste irréversible. Ni le greffier Paul Tellier ni l’ancien chef de cabinet du premier ministre, Bernard Roy, un ami personnel venu expressément de Montréal pour le voir, ne réussissent à l’ébranler.
« Ce fut une scène terrible, raconte Lucien Bouchard. Paul Tellier et Bernard Roy n’avaient jamais pensé que je démissionnerais. Ils craignaient bien plus des gens comme Benoît Bouchard, Marcel Masse et Gilles Loiselle. J’étais fatigué, tendu, je souffrais en plus du décalage horaire. Bernard Roy m’a demandé : “Vas-tu voir Brian ?” Je lui ai répondu : “Non !” “Ça ne se fait pas de partir sans le voir.” “Est-ce qu’il a cherché à me voir, lui, pour m’informer de ce qui allait arriver ?” »
Il n’a pas le temps [N1] de quitter le bureau de Paul Tellier qu’il reçoit un appel l’informant que le premier ministre veut le rencontrer. Lucien Bouchard raconte la scène qui s’est ensuite déroulée au 24 Sussex, résidence officielle du chef du gouvernement fédéral. Quand il s’assoit devant Brian Mulroney, il voit que ce dernier a eu le temps de se composer un personnage. S’engage alors un dialogue de sourds :
« Des amis de 25 ans, ça ne se sépare pas comme ça ! Comme premier ministre, il faut que je te dise que je ne peux pas accepter le télégramme. Je dois t’adresser une réprimande.
— Un instant ! Le télégramme, tu sais très bien qu’il n’y a rien là, que c’est normal de souligner à quel point René Lévesque était un grand démocrate. Le problème, c’est pas le télégramme, c’est l’accord du Lac Meech que tu es en train de jeter au panier.
— Tu sais ce que ça fait, une démission ? Pense à Jean Marchand. Ç’a juste fait un “plouf” dans l’eau[i].
— Un “plouf” si je démissionne ? »
« Plus il parlait, plus il me mettait du gaz dans le moteur, raconte l’ancien ministre. Je lui ai remis ma lettre sans hésiter. Il l’a lue devant moi et m’a demandé deux corrections que j’ai accepté de faire, soit éliminer une comparaison que je faisais entre lui et Pierre Elliott Trudeau et la dater du 21 mai. On s’est serré la main. Je savais que c’étaient 25 ans d’une vraie amitié qui se terminaient. On était devenus des frères qui s’étaient aidés l’un l’autre, selon le cas.
« Comme j’allais quitter, il m’a suggéré que je pourrais peut-être demeurer dans le caucus. Surpris, je n’ai pas répondu sur le coup. Mais une fois rentré à la maison, Audrey m’a dit : “Ne fais pas ça ! Tu ne peux pas le laisser t’envoyer sur le banc et le voir se péter les bretelles en montrant qu’il t’a puni[ii] !” » Micheline Fortin confirme qu’il y a sérieusement songé. Elle lui déconseille fortement de le faire elle aussi : « Tu vas être dans une position impossible, harcelé par les uns, bâillonné par les autres, lui dit-elle. Tu dois quitter complètement la politique[iii]. » Lucien Bouchard informe donc rapidement le premier ministre qu’il démissionne aussi du caucus conservateur.
Dans sa lettre d’acceptation de la démission, Brian Mulroney cherche à minimiser le désaccord qui le sépare de son lieutenant : « Il est d’ailleurs regrettable que votre absence du pays vous ait empêché de suivre d’aussi près que vous l’auriez voulu l’évolution quotidienne de ce dossier qui nous tient tant à cœur à tous les deux. Je suis persuadé que, si vous aviez été en mesure de siéger au comité ministériel durant la période critique des derniers jours, nous aurions pu répondre à vos inquiétudes[iv]. »
Mais Lucien Bouchard n’est déjà plus au stade des inquiétudes dont parle son ex-patron. « Je siégerai comme indépendant à la Chambre des communes, a-t-il écrit dans sa lettre de démission. J’userai de ma liberté de parole, pleinement retrouvée […]. Je crois profondément qu’il faut repenser ce pays. Il faut cesser de s’acharner à faire entrer le Québec dans le moule d’une province comme les autres […]. Seul un État québécois démocratiquement nanti d’un mandat clair, fondé sur la récupération de ses pleines attributions, disposera de l’autorité politique nécessaire pour négocier l’association canadienne de demain[v]. »
Dans sa déclaration au Parlement, le mardi 22 mai, il ne cache pas la difficulté de sa situation : « […] je me vois contraint de quitter le gouvernement, avec douleur, avec déchirement, aussi bien que le caucus conservateur, pour siéger comme député indépendant. » Mais il retrouve vite les accents passionnés qu’il affectionne tant dans ses discours et, pour la première fois, de son siège de député fédéral, il s’adresse directement à Robert Bourassa et l’implore de résister aux pressions fédérales. « J’adjure le premier ministre du Québec, dit-il, d’éviter le traquenard qui se trouve ainsi tendu pour lui. »

 

Critiques
« Ça se lit presque comme un roman. » 
René Homier-RoyCulture Club, ICI Première
ISBN
Date de parution
Nombre de pages 632 p.
Dimensions 15,2 cm x 22,9 cm

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