Nous mentons tous

Normand de Bellefeuille

15,10 US$

épuisé

Résumé

• Une construction cinématographique qui réactualise certains grands récits des Métamorphoses d’Ovide.
• Un roman aux multiples facettes où le mensonge devient une quête d’amour et de vérité.
• Un livre dont le titre est déjà porteur de toutes ses ambitions.
Quitté par son amante qui fuit en Italie, un homme tente de reconstruire tout ce qui lui échappe, de reconquérir tout ce dont il a été dépossédé. Parce qu’il croit que cela atténue le hasard, il compte ses pas, comme il l’a d’ailleurs toujours fait, cherchant à trouver une mesure exacte dans l’organisation du monde.
Mal datée, la première lettre que Raphaëlle lui envoie lui fait douter de tout ce qu’elle y raconte. Raphaëlle y inscrit «Venise», alors qu’il lui semble plutôt reconnaître Florence, Milan ou Rome. Commence alors la stratégie du mensonge, qui devient encore plus évidente lorsqu’il découvre, dans un vieil appareil photo, une pellicule oubliée où Raphaëlle apparaît, trois ans plus tôt, en compagnie d’un homme qu’il devine être son amant.
En arrière-plan, un livre et un film. Les Métamorphoses d’Ovide et son adaptation cinématographique dont il a à réaliser la bande-annonce.
Déchiré entre les lettres de Raphaëlle qui dissimulent et ces vieilles photographies qui révèlent, cet homme de quarante-sept ans en viendra à tout confondre : l’histoire que Raphaëlle, lui mentant, cherche à lui raconter, le texte d’Ovide, le projet de film, la bande-annonce qu’il compte en tirer et les petits récits de ceux et celles qui l’entourent.
Autant de lieux, autant de discours, autant de scènes où s’affrontent le mentir vrai et le véritable mensonge, l’impensable aveu et l’inévitable dissimulation.

Normand de Bellefeuille

Normand de Bellefeuille a publié plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Le Livre du devoir, Lascaux, Ce que disait ...

Normand de Bellefeuille a publié plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Le Livre du devoir, Lascaux, Ce que disait Alice, Obscènes et Elle était ...

Normand de Bellefeuille a publié plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Le Livre du devoir, Lascaux, Ce que disait Alice, Obscènes et Elle était belle comme une idée. La ...

Normand de Bellefeuille a publié plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Le Livre du devoir, Lascaux, Ce que disait Alice, Obscènes et Elle était belle comme une idée. La Marche de l’aveugle sans son chien (Québec Amérique, 2000) lui a valu le Prix du Gouverneur général du Canada et le prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec. Il a été tour à tour...

Normand de Bellefeuille a publié plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Le Livre du devoir, Lascaux, Ce que disait Alice, Obscènes et Elle était belle comme une idée. La Marche de l’aveugle sans son chien (Québec Amérique, 2000) lui a valu le Prix du Gouverneur général du Canada et le prix Alain-Grandbois de...

Normand de Bellefeuille a publié plusieurs ouvrages salués par la critique, dont Le Livre du devoir, Lascaux, Ce que disait Alice, Obscènes et Elle était belle comme une idée. La Marche de l’aveugle sans son chien (Québec Amérique, 2000) lui a valu le Prix du Gouverneur général du Canada et le prix Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec. Il a été tour à tour professeur,...

Extrait

Il n’a jamais été question de dire la vérité.
Paul Auster

Je tire le fil, mais le fil est le labyrinthe.
Jacques Roubaud

Chapitre 1

Datée du quinze, la première lettre lui parvient le douze. Mais le douze du même mois. Raphaëlle lui mentirait-elle jusque-là? Il y voit mal une simple distraction: Raphaëlle n’a toujours été que trop rarement distraite. Alors, doit-il croire à ce Venise, qu’elle a écrit à la hâte, plus haut, à droite encore? Il préfère, pour sa part, l’imaginer à Rome ou à Florence, et alléger comme cela, en lui en supposant une deuxième, la première petite trahison de la date.
Et puis n’a-t-il pas l’habitude de vivre ainsi, comme s’il cherchait toujours à vérifier, à corriger quelque chose, comme s’il avait chaque fois le pouvoir de modifier ce qui ne lui convient pas tout à fait? C’est elle d’ailleurs qui, à sa façon, le lui avait fait remarquer: Tu agis comme un homme dont tous les amis seraient déjà morts et qui malgré tout, chaque jour, essaierait de changer le passé. Tous ses amis étaient pourtant bien vivants, mais elle, elle était partie. Sans aucune explication, l’abandonnant avec tous les scénarios du monde.
Il ne peut donc rien lire de cette lettre du quinze sans douter, sans douter de la date, de la ville, de tout ce qu’elle y raconte, non plus que sans avoir le goût de tout réinventer, à sa façon à lui cette fois. Il en parcourt d’abord les pages rapidement, ne retient que quelques phrases, parmi les plus banales, sur les masques, à Venise, et sur la mauvaise qualité des miroirs, à Venise, mais aussi un aveu sur l’incompétence de certains mots dans de telles circonstances, puis, vers la fin, ceci: C’est moi qui suis partie, mais tu resteras toujours le véritable déserteur. Il se dit, avec cette violence passive qu’elle n’a jamais cessé de lui reprocher, que cela lui ressemble plutôt à lui de poser ainsi les problèmes affectifs en termes d’équité. Il croit également qu’aujourd’hui encore, le quotidien lui sera une défaite, quelque chose qu’il devrait revoir, corriger à coup sûr.
Il compte tout de même les pas qu’il lui faut pour se rendre à la bibliothèque. Sept cent vingt-quatre pour arriver jusqu’à la dernière marche. Il en aurait voulu un peu plus de huit cents pour que la journée ne soit pas à ce point ratée: une défaite, assurément. Ensuite, il pousse la lourde porte comme s’il résistait lui-même à des forces contraires, repense à la lettre de Raphaëlle, inutile, qu’il a glissée pourtant dans sa poche. Venise, le 15… Et le douze, le douze du même mois, presque trop subitement, la porte lui cède.

— Qu’est-ce que tu lis? — Les Métamorphoses. — Kafka…? — Non, Ovide. — Ovide? — Pas La Métamorphose: Les Métamorphoses. — Connais pas. — Ovide, poète latin, époque de Jésus-Christ. Les bonnes sœurs ne vous ont pas fait lire ça? Voyons: Ovide, poète à tendance élégiaque… Non?… quelle pitié, quand même! Un peu trop érotique pour Villa-Maria sans doute. Je vois assez mal sœur Marie-Fortunat – c’est bien comme ça qu’elle s’appelait, non? – vous enseigner les subtilités érotico-rhétoriques des Métamorphoses…
Raphaëlle détestait qu’il lui parle comme un livre, croyant qu’il ne s’agissait là que d’une autre façon de lui rappeler qu’elle en lisait trop peu. — On se rencontre pour dîner? — Impossible, je mange avec Dionysos. — Dionysos…? — Oui, avec un seul i grec. C’est un personnage des Métamorphoses. Et puis, lui aussi il se transforme, mais jamais en cafard.

Thèmes et genres
ISBN 978-2-8903-7917-6
Date de parution 1997-08-13
Nombre de pages 192 p.

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