Résumé
Flemmar Lheureux, professeur médiocre et mari lamentable, est aux prises avec un problème majeur : il se consacre depuis un an à l’écriture d’un roman dont il n’a pas réussi à pondre une seule ligne! L’obsession de l’écriture est telle chez lui qu’aucune stratégie n’est négligée pour l’aider à réaliser son projet : lecture des grands écrivains, rituel préparatoire, visites chez l’oncle alcoolique et philosophe. Rien n’y fait. Quand ce n’est pas l’inspiration qui fait défaut, ce sont les éléments extérieurs qui finissent par disparaître mystérieusement, perturbant ses efforts. Même un collègue professeur lui dame le pion et publie un ouvrage encensé par la critique. Flemmar se serait-il trompé de destin?
Voici une écriture qui se moque allègrement d’une certaine culture littéraire et de son usage. Pourquoi tant lire si la vie n’en est pas changée?
Fabien Ménar
Le temps s’écoula. Flemmar mit un terme à ses grimaces de douleur et abaissa ses mains implorantes. Il annonça, un matin, tout en solennité, qu’il reprenait la route de l’écriture. Josette et les enfants sortirent leur mouchoir, qu’ils agitèrent pendant que Flemmar s’éclipsait dans son bureau. La porte se referma et rendit le son métallique d’une grille : il entrait dans la cellule de l’écriture. Ses doigts trébuchèrent contre les touches du clavier pendant deux longues journées. Résultat : l’écran demeura plus vierge que jamais.